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Shen Zhongmin 沈仲旻  /Ag

Présentation

par Brigitte Duzan, 20 février 2026

 

Née à Shanghai en 1985, Ag Shen Zhongmin (沈仲旻) est à la fois artiste, réalisatrice et écrivaine.

 

 

Ag Shen Zhongmin (photo The Paper)

 

 

Elle est très active dans le domaine de l’art contemporain et elle a réalisé un premier long métrage – « Shanghai Daughter » (《上海女儿》) – qui a figuré dans la sélection de la section Panorama de la Berlinale en 2026.

 

Mais il ne faudrait pas en oublier pour autant son œuvre littéraire. Elle a publié un livre :

-          « Simulateur d’abîme » (《深渊模拟器》) en juillet 2021 (aka « Deep Simulator »),

                  et trois recueils de nouvelles :

-          « Chambre(s) sans limites  » (《无限的卧室》) en 2017,

-          « Notes sur la géographie de Shanghai » (《上海地理注疏》) en juin 2018,

-          « Le désir du voyageur » (《旅行者的欲望》), en décembre 2024.

 

1)   « Simulateur d’abîme » (《深渊模拟器》) embarque d’emblée le lecteur dans le rôle du personnage principal (本书的主人公之一就是你——读者本人。), Ce qui est l’application directe de la déclaration de Barthes : l’auteur est mort[1]. Mais le lecteur est mis à rude épreuve dès le début, car le protagoniste de l’histoire tombe dans un espace inconnu et il est laissé au lecteur de faire des choix fondamentaux, y compris revenir au point de départ.

 

Le livre est un « drame cyberpunk » adapté d’un jeu vidéo éponyme pendant l’épidémie de covid19 et mêlant mythologie aussi bien que science-fiction. Les expériences sensorielles ne sont pas les mêmes, mais le texte repose sur les thèmes similaires d’espaces et de réalités multiples avec élimination des barrières dimensionnelles. Ag joue sur la rupture des chaînes de causalité, sur les limites floues entre réalité et illusion, sur les prémonitions et les infinies possibilités de transformations du réel ou de ce qui paraît tel.

 

C’est parfaitement non-conventionnel, et livré en version bilingue, chinois-anglais.

 

 

Deep Simulator

 

 

On peut cependant préférer les nouvelles, qui forment une trilogie, autour du thème du rêve.

 

2)   « Chambre sans limites » (《无限的卧室》) est un recueil de sept nouvelles, indépendantes, mais comme des rêves se déroulant durant le cours d’une seule nuit, dans la plus parfaite ambiguïté. On finit par perdre le fil, les limites ne sont pas claires, les connexions non plus. C’est comme une infinité de rêves, dans l’univers du quotidien, mais aussi bien dans un espace narratif ambivalent, dans lequel la réalité est incertaine comme un rêve dont on pense s’être éveillé, mais qui semble en fait continuer… Est-ce qu’on est vraiment réveillé ?

 

Les nouvelles sont très courtes et de styles différents. Après la tonalité totalement onirique de la première – « Devoir » (《作业》) – la deuxième – « Preuve de crépuscule » (《黄昏的证明》) – est brutalement froide et réaliste : un homosexuel a tué son amant dont il tient la tête sanguinolente … mais « il est pris de doute », comme si la réalité était pire que le rêve : on ne peut pas y échapper, et on voudrait bien que ce soit un rêve.

 

La nouvelle qui suit est de la science-fiction, en un sens, ou plutôt la science-fiction est un élément narratif. Mais elle commence, aussi, comme un rêve, ou un cauchemar, dont le protagoniste a du mal à s’éveiller. Donc, finalement, c’est peut-être un rêve…

 

Le rêve joue un rôle croissant dans les récits suivants, un rêve qui tient de la « Métamorphose » de Kafka, mais qui rappelle aussi bien le monde irréel et déroutant de Can Xue (残雪), déroutant parce qu’il semble tellement normal. Le rêve atteint son apogée dans la nouvelle-titre, la chambre étant là totalement du domaine du rêve, aussi infinie que le rêve peut être.

 

 

Chambre sans limites

 

 

3)   « Notes sur la géographie de Shanghai » (《上海地理注疏》). Quelle géographie ? Une géographie onirique bien sûr, où les fleuves sont rêves, les rêves sont vision, et où la réalité de la ville de Shanghai s’estompe comme dans un miroir déformant, ou dans une autre dimension.  

 

« Notes sur la géographie de Shanghai » est un recueil de six nouvelles, très court (48 pages !)[2] :

一次回访 (une visite en retour) / 考古学地图 (une carte archéologique) / (une route)
流动坐标测绘 (relevé de coordonnées mobiles) / 普陀区罗曼史 (histoire d’amour dans le quartier de Putuo)
白痴咖啡馆 (le café des idiots).

 

 

Notes sur la géographie de Shanghai 

 

 

4)   « Le désir du voyageur » (《旅行者的欲望》) apparaît ainsi comme le troisième volet d’une trilogie avec les deux recueils précédents : « Chambre sans limites » et « Notes sur la géographie de Shanghai ». Une trilogie qui forme un espace intérieur, psychologique, en expansion constante, de la chambre à la ville, jusqu’à un espace d’errance sans limitations, au-delà des frontières géographiques. Ag/Shen Zhongmin se joue des contraintes de forme, passant sans transition d’un style à un autre, en insufflant à ses textes un rythme original, entre concision minimaliste et jeux de fractales.

 

 

Le désir du voyageur

 

 

Il s’agit cette fois d’un recueil de 32 courtes nouvelles qui reprend certaines de celles publiées dans les recueils précédents. On peut le lire comme un condensé de l’art narratif déroutant de Ag/Shen Zhongmin, avec le sentiment d’être une autre Alice perdue dans un univers étrange en se disant qu’on va forcément bientôt se réveiller…


 


[1] Roland Barthes, « La mort de l’auteur », 1967.

[2] Et en plus très bien noté sur douban : 7.8 !

 

 

     

 

 

 

 

     

 

 

 

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