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Chen Si’an 陈思安 

Présentation

par Brigitte Duzan, 17 février 2020

 

Dramaturge et poétesse née en avril 1986, Chen Si’an (陈思安) est aussi auteure de nouvelles et traductrice littéraire. Née en Mongolie intérieure, elle vit maintenant à Pékin, entre poésie, littérature et théâtre.

 

Très active, elle est rédactrice exécutive (执行主编) de la revue « Ailes » (《翼》), créée à Pékin en 1998 par les deux poétesses Zhai Yongming (翟永明) et Zhou Zan (周瓒) et dédiée à la création féminine, poétique, littéraire et artistique [1].

 

Elle est également fondatrice et animatrice d’un réseau de lectures de livrets de théâtre intitulé « Bruit et fureur » (声嚣). Et elle publie régulièrement des nouvelles, qu’elle adapte parfois à la scène, dans un aller-retour intéressant et novateur entre ces diverses formes d’art narratif …

 

Chen Si’an

 

Nouvelles

 

Outre de nombreuses nouvelles parues dans diverses revues littéraires, elle en a publié trois recueils. Ses histoires ont toujours la ville pour cadre ; c’est ce qu’elle connaît, elle n’a jamais vécu ailleurs que dans une grande ville. Cependant, sa thématique a évolué, de la vie de femmes à la vie de marginaux urbains, des personnages bizarres, résolument en marge de par leur tempérament même, et pas seulement à cause des bouleversements du tissu urbain.

 

Ceux qui l’intéressent, ce sont ceux qui choisissent eux-mêmes une faille dans le système pour en sortir, sans se soucier de « succès » ou de réussite : ceux qui « se déconnectent » (掉线人) [2]. Les personnages de ses nouvelles sont des « déconnectés », qui ont opté pour un mode de vie actif, incluant le jeu contre l’oppression de la ville et la banalité de lendemains assurés. On est au-delà des clichés courants d’aliénation, de globalisation ou de dépression, et au-delà des traumatismes de l’histoire : chez Chen Si’an, pas de mémoire, pas de passé, la vie est au présent, et la ville un nouvel espace pour l’imagination.

 

En même temps, selon l’humeur du moment, Chen Si’an s’amuse à évoquer des vieilles légendes ou à parodier des genres établis, par exemple le style du roman de wuxia dans « La rivière oubliée » (《忘川》) ou « La chasse » (《狩猎》), la littérature de l’étrange, ou surréaliste, dans « Le marché de nuit » (《夜市》) et « Tante » (《大娘》), ou carrément la science-fiction, et la question de l’intelligence artificielle, dans « La rivière en crue » (《滚滚凌河》) [3].

 

Mais, si Chen Si’an montre là que l’on peut innover à partir de formes anciennes, ce qui est un fondement de l’histoire de la littérature aussi bien que de la peinture chinoise, de manière générale, sa nouvelle littérature urbaine est écrite dans un style très personnel qui mêle poésie et théâtre – originalité qu’a soulignée la poétesse Zhai Yongming :

 

陈思安兼具戏剧导演、小说家、诗人的多重身份,这使得她的创作也一直在探索不同领域的艺术形式的边界,以及从中衍生出来的创造性思维。她的小说因此也极具实验性。她不拘于任何题材的约束,而是整合它们以形成自己崭新的风格。陈思安的写作尚在伸展和上升中,这也是她不同于同龄写作者的地方,我看好她。

Chen Si’an a des identités multiples, puisqu’elle est à la fois metteuse en scène de théâtre, auteure de nouvelles et poétesse ; c’est pourquoi elle ne cesse d’explorer dans son œuvre les frontières entre différents domaines artistiques, différentes formes d’arts, et la pensée créatrice qui en découle. Ses nouvelles ont donc un caractère très expérimental. Elle ne veut être limitée à aucun sujet ; au contraire, elle les intègre pour en faire des éléments novateurs de son style personnel. L’écriture de Chen Si’an est unique : elle s’étend et s’élève. Je pense qu’elle a de l’avenir.

 

Ensuite, je t’interroge et tu réponds

 

Une vie contrefaite, recueil de nouvelles

 

C’est un style nouveau fondé sur la recherche de la maîtrise de la nouvelle courte comme art narratif en croisant genres et styles, et en y introduisant des éléments de culture populaire. Cette recherche s’est concrétisée en 2015 dans un premier recueil de nouvelles courtes, « Ensuite, je t’interroge, et tu réponds » (《接下来,我问,你答》), regroupant des textes écrits au cours des trois années précédentes [4].

 

Recueils de nouvelles

- 2010 : quatre nouvelles "moyennes" « Toutes ces années sans restreinte » 《天马行空那些年》 (sous le pseudonyme Chen Lu 陈璐) - Quatre histoires : deux petites filles et deux jeunes femmes.

- 2015 : onze nouvelles courtes « Ensuite, je t’interroge, et tu réponds » 《接下来,我问,你答》

- 2019 : dix nouvelles courtes « Une vie contrefaite » 《冒牌人生》- Dix histoires qui combinent réalisme et absurde de la vie urbaine, des histoires de personnages bizarres vivant sur les marges de la ville.

 

En 2016, elle a remporté le 43ème Prix littéraire de la jeunesse de Hong Kong dans la catégorie « Très courtes nouvelles ».

 


 

Théâtre

 

Festivals en Chine

 

2013 : « Intervalles de silence » 《沉默的间隔》, Festival international de la jeunesse de Pékin

2015 : « En avalant du feu » 《吃火》, Festival de théâtre de Nanguo luxiang (南锣鼓巷) à Pékin.

 

2014-2017 : « En suivant Huang Gongwang en balade dans les monts Fuchun » 《随黄公望游富春山》

Pièce intitulée « théâtre poétique », comme la précédente, elle est inspirée du poème éponyme de Zhai Yongming, longue méditation sur le célèbre tableau du peintre Huang Gongwang (黄公望) [5]. Chen Si’an part de cette méditation nostalgique en l’intégrant dans une réflexion sur la vie moderne, sur un mode poétique intégrant performance physique, vidéos et musique expérimentale.

Première au Festival international de la jeunesse de Pékin en 2014, puis tournée à Chengdu et en 2016 à Taiwan.

 

Décembre 2019 : sa pièce « Une Vie contrefaite » (Màopái rénshēng《冒牌人生》), adaptée de sa nouvelle éponyme, est représentée à Shanghai au Centre des arts du théâtre parlé (上海话剧艺术中心) dans une mise en scène de Lü Rui (吕睿).

 

Une vie contrefaite, la pièce,

affiche pour la représentation à Shanghai

 

A l’étranger

 

- En 2017, Chen Si’an obtient une bourse de la fondation Robert Bosch.

- En 2018, elle participe au programme de théâtre chinois du Royal Court Theatre avec deux autres jeunes dramaturges chinoises : Yang Jingguan (杨静观) et Zhang Zai (张在).

Pièce de Chen Si’an : « Underpass » (《在荒野》) – dans un passage souterrain, à Pékin, une mère sans-abri lutte pour protéger son fils.

- En 2019, elle participe à un programme de résidence internationale

 

Chen Si’an (à dr.) avec Yang Jingguan et Zhang Zai

Climate Crisis International Residency mené par le British Royal Court Theatre. en collaboration avec le festival d’art dramatique d’Edinlurgh.

Courte pièce : « Ocean Hotpot » (《海水火锅》), traduite par Jeremy Tiang. Lecture le 13 août 2019.

 


 

Publications théâtre

 

Traductions

- 2014 : Le Retour de Jeanne d’Arc et autres pièces 《贞德再临及其他剧作集》

Traductions de sept pièces de l’Américaine Carolyn Gage dont « The Second Coming of Joan of Arc », où Jeanne d’Arc revient partager son histoire avec des femmes contemporaines.

 

Lectures 

- Dans la revue Zhongshan (《钟山》), n° 1/2020 : « Bruit et fureur (douze extraits) » (《声嚣(选十二)》)

- Dans la revue Littérature de Shanghai (《上海文学》), n° 1/2020 : « Bruit et fureur (trois extraits) » (《声嚣(选三)》)

 


 

A lire en complément

 

Le site personnel de Chen Si’an (en chinois) : http://www.chensi-an.com/

(avec la liste de ses nouvelles et de ses pièces de théâtre, des photos des mises en scène et lectures de ses pièces, et les différentes publications de nouvelles dans des revues : http://www.chensi-an.com/literary)

 


 

Traduction en anglais

 

La nouvelle « A Counterfeit Life » 《冒牌人生》, tr. Canaan Morse, dans l’anthologie « That We May Live », Calico, mars 2020.

 


 


[1] La revue organise aussi un grand nombre de lectures et d’activités, voir son site : http://www.wingwomenpress.com/

[2] Voir son entretien avec la poétesse et critique littéraire Zhou Zan 周瓒 pour chinawriter (en chinois) : http://www.chinawriter.com.cn/n1/2018/0802/c405057-30203223.html

[4] Analyse du recueil et de ses nouvelles par la critique Zhou Zan (en chinois) :

http://www.bjnews.com.cn/book/2015/12/12/387648.html

[5] C’est le tableau qui a également inspiré le film de Gu Xiaogang (顾晓刚) « Séjour dans les monts Fuchun » (《春江水暖》), voir : http://www.chinesemovies.com.fr/films_Gu_Xiaogang_Fuchun_mountains.htm

 

 

     

 

 

 

 

 

     

 

 

 

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