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Wang Suxin 王苏辛

Présentation

par Brigitte Duzan, 8 septembre 2026

 

Née en 1991, Wang Suxin (王苏辛) a publié plusieurs recueils de nouvelles et novellas depuis 2016. Son roman « Le jour du réveil » (《重新醒来的一天》) a été présélectionné pour le prix Blancpain-Imaginist 2026  Originaire du Henan, elle vit maintenant à Shanghai.

 

 

Wang Suxin

 

 

Elle publie depuis 2009, au début sous le pseudonyme Bleu de Prusse (普鲁士蓝). Elle a en effet commencé à   peindre quand elle était au collège, et se sentait attirée par les couleurs brillantes, sens des couleurs que l’on retrouve dans son écriture. Mais c’était au départ un bleu de Pruse un peu rosé, a-t-on dit[1], il est devenu ensuite, la maturité aidant, un vrai Bleu de Prusse. Elle dit partir d’un fond de couleur de différentes couches d’un gris lumineux (“多层而明亮的灰”) et procéder ensuite par blocs de couleurs.

 

À partir de 2017, elle a travaillé comme éditrice dans une maison d’édition. Depuis novembre 2023, elle fait partie de l’équipe de l’Institut de recherche en littérature et théorie artistique de Wuhan (武汉市文学艺术理论研究所) qui publie la revue Fangcao (《芳草》杂志).

 

 Des nouvelles sur le thème des jeunes seuls dans la ville

 

Ses nouvelles et novellas sont primées quasiment tous les ans depuis 2017 [2]. Ainsi en 2019, la nouvelle « Dans la plaine » (《在平原》), publiée en août aux éditions Littérature du peuple, a décroché le prix des Nouveaux talents littéraires du lac de l’Ouest lors de la 7e édition de ce prix (第七届西湖·中国新锐文学奖). En 2021, « L’homme-éléphant traversant la rivière » (《象人渡》) a obtenu le prix Star de Zhongshan décerné au meilleur jeune écrivain de l’année (《钟山》之星文学奖年度青年作家奖). En 2024, elle était dans la présélection du prix littéraire Phoenix (凤凰文学奖) et en 2025 elle a obtenu le prix Fangcao de la meilleure novella pour l’année 2024 (2024年度《芳草》文学奖中篇小说奖).

 

L’un de ses premiers récits, et l’un des plus célèbres, est « Dans la plaine » (《在平原》), publié en septembre 2019 aux éditions Littérature du peuple (人民文学出版社). Deux jeunes partent pour une semaine de peinture dans les monts Helan (贺兰山) [3] ; à travers leurs discussions se dessinent deux-cents ans d’histoire de l’art mais aussi leurs propres expériences, difficultés et désillusions.

 

 

Dans la plaine

 

 

Wang Suxin s’intéresse de manière plus générale aux jeunes qui vivent loin de chez eux, seuls dans la ville, comme dans la nouvelle « L’homme-éléphant traversant la rivière » (《象人渡》) dont le titre symbolise tout ce que ces existences peuvent avoir de maladroit, de douloureux dans l’inadaptation de ces jeunes, d’autant plus qu’ils en sont conscients.

 

 

L’homme-éléphant traversant la rivière

 

 

Ses récits n’ont pas d’intrigue au sens propre ; Wang Suxin développe une narration qui tend vers l’abstrait et ressemblerait plutôt à l’écriture d’essais, avec tout un aspect métaphorique. Elle tente de saisir les changements subtils que l’on peut noter dans une personnalité, comme dans la lumière. Elle a dit que sa ligne narrative est déterminée par le temps lui-même (“时间本身”).

 

Son recueil de nouvelles « Au revoir les étoiles » (《再见,星群》), publié aux éditions Yilin (译林出版社) en août 2023, est encore une série d’histoires d’ « éléphants » dans la ville, atypiques mais symboliques : un photographe prétend apprendre à dompter des aigles et des faucons, qui lui apprennent en fait le sens de la liberté ; un autre jeune écrit son journal pour combattre ce qu’on pourrait appeler le « syndrome de la mémoire qui flanche » (“记忆粗糙症”) ; la « sœur Li » (黎姐), déterminée à construire sa maison, est constamment repoussée plus loin par le processus d’urbanisation. Ils tentent tous de trouver leur voie et de s’intégrer au monde extérieur, et sont « repoussés plus loin ».  

 

 

Au revoir les étoiles

 

 

De la nouvelle au roman

 

Wang Suxin a publié un roman dès avril 2018 : « Ce ne sont pas des gens de Hongcheng » (《他们不是虹城人》), comme on dit « ils ne sont pas d’ici ». C’est un roman qu’elle a commencé à écrire à l’âge de 17 ans : une histoire complexe, autour d’un personnage féminin et de son fils, d’une famille aux yeux verts dont tous les descendants ont des maladies d’yeux et des histoires d’amour incestueuses comme chez Homère : amour d’une femme pour le fils de l’amante de son père, du beau-frère pour sa belle-sœur… C’est tortueux à souhait, et difficile à lire. Le roman est souvent oublié dans les bibliographies de l’auteure.

 

Wang Suxin est ensuite revenue vers la forme courte, avec des thématiques réalistes orientées vers l’étude des problèmes sociaux des jeunes de son temps, en soignant son style.

 

Et au début de 2026, elle a publié un deuxième roman, aux éditions des lettres et des arts Phénix du Jiangsu (江苏凤凰文艺出版社) : « Le jour du réveil » (《重新醒来的一天》), qui a figuré dans la  présélection du prix Blancpain-Imaginist 2026.

 

 

Le jour du réveil

 

 

La thématique est presque post-moderne : on est ici dans la Chine d’aujourd’hui, celle formatée par internet et  l’IA, qui en oublie de réfléchir. Une documentariste de 35 ans (comme l’auteure) tente de préserver ce qui risque, justement, de disparaître dans les algorithmes, avec l’aide d’un groupe d’« aventuriers de l’internet » (流量中冒险) à la recherche d’authenticité derrière les codes et les filtres. Mais peut-on encore préserver quelques derniers vestiges de « vérité » ?

 

Le roman est en outre d’une structure extrêmement sophistiquée, recoupant l’évolution de l’internet, le temps étant le principal protagoniste : il est construit comme une pièce de théâtre, ou plutôt un opéra, avec un prologue et une dizaine d’actes entrecoupés de mouvements comme une symphonie (adagio, allegro, scherzo, chœur … ). Le thème « Le jour du réveil » (重新醒来的一天) revient comme un leitmotiv, confié au chœur… C’est une véritable rébellion contre les schémas narratifs usuels, qui n’exclut pas le sens du tragique.

 


 

Publications

 

Recueils de nouvelles et novellas

 

Déc. 2016 :  Le Studio de photos des nuits blanches(《白夜照相馆》)

Sept. 2019 :  Dans la plaine (《在平原》)

Juin 2020 : Elephant Man traversant la rivière (《象人渡》)

Nov. 2021 : La vie présente et les réincarnations passées de Ma Lingzhi (《马灵芝的前世今生》)

Août 2023 : Au revoir, les étoiles (《再见,星群》)

 

Roman

 

Avril 2018 : Ce ne sont pas des gens de Hongcheng (《他们不是虹城人》)

Février 2026 : Le jour du réveil (《重新醒来的一天》)

 


 

Traductions en anglais

 

- Everyone Is Alone for a Lifetime, tr. Karen Gernant and Chen Zeping, University of Hawai’i Press, vol. 32, n°1, 2020.

- The White Night Photo Studio, in Displaced Lives, Fiction, Poetry, Memoirs, and Plays from Four Continents, ed. Frank Stewart, University of Hawai’i Press, 2019, p. 160.


 

 


[1] Son manque de maturité perce dans les anecdotes ; ainsi, lors de la première réunion littéraire à laquelle elle a été conviée, à Shanghai, sa mère l’a accompagnée car elle avait peur que ce soit une arnaque…

[2] Ce qui est une caractéristique de beaucoup de jeunes écrivains : les prix littéraires visant à distinguer de jeunes auteurs, décernés tant par les revues et leurs maisons d’édition que par les associations d’écrivains, se sont multipliés, dans une concurrence effrénée.

[3] Site célèbre de gravures rupestres du Ningxia.

 

 

     

 

 

 

 

     

 

 

 

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