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Lu Xun (鲁迅) :
« Confucius dans la Chine moderne » (《在現代中國的孔夫子》)
par Brigitte
Duzan, 9 avril 2026
Cet article a
d’abord été écrit en japonais et publié dans le numéro de juin
1935 du mensuel japonais Kaizō (《改造》),
c’est-à-dire « Réforme ». Il a ensuite été traduit en chinois
par le traducteur Yiguang (亦光)
et publié en juillet 1935 dans le mensuel Zawen (《雜文》)
édité à Tokyo. Lu Xun l’a par la suite révisé et cette version
révisée figure dans son « Deuxième recueil d’essais divers du
pavillon Qiejie »
(《且介亭雜文二集》),
publié post mortem à Shanghai en juillet 1937.
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Deuxième recueil d’essais du pavillon Qiejie, éd.
2023 |
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Dans cet
article, écrit un an avant sa mort,
Lu Xun (鲁迅)
ne cherche pas à dresser un portrait de Confucius ni à en
critiquer les défauts. Son propos est de fustiger l’utilisation
qui est faite de son nom et de sa pensée. La critique est
ironique, mais d’autant plus acerbe que l’article a été écrit en
plein Mouvement pour la Vie Nouvelle (新生活运动),
campagne lancée par Tchang Kai Chek en février 1934 pour
promouvoir une vie fondée sur quatre grandes vertus
confucéennes, à commencer par le rite (lǐ
禮/礼),
et lutter ainsi contre la corruption et la décadence morale qui
lui étaient reprochées au sein de son administration et du pays
dans son ensemble.
« Confucius
dans la Chine moderne »
Selon un
rapport récemment publié dans la presse de Shanghai, ayant
appris qu’un sanctuaire dédié à Confucius – le Yushima Seidō -
venait d’être achevé à Yushima, au Japon
,
le général He Jian, gouverneur de la province du Hunan, a envoyé
un portrait de Confucius qu’il affectionnait particulièrement.
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Le
Taisei-den (hall principal) du sanctuaire de
Confucius à Yushima, à Tokyo |
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En fait, le
commun des mortels, en Chine, n’a aucune idée de ce à quoi
pouvait bien ressembler Confucius. Depuis les temps les plus
reculés, il n’est guère de district qui n’ait son Temple du
Sage, ou son Temple des Lettres, mais on n’y voit pas de statue
du Sage. Le principe, lorsqu’on crée une statue ou une effigie
d’un personnage vénérable, c’est de livrer une œuvre d’une
splendeur qui dépasse le quotidien du quidam moyen. Mais,
s’agissant d’un personnage digne de la plus grande vénération
comme l’est un sage tel que Confucius, il semble que toute image
tient en elle-même du blasphème et qu’il vaut bien mieux ne pas
en avoir. C’est la raison même. Confucius n’a pas laissé de
photographie, on ne peut donc pas savoir à quoi il ressemblait.
On trouve bien quelques références occasionnelles à son
apparence dans les textes,
mais on n’a aucun moyen de savoir si ce n’était pas pure
invention. Pour créer une sculpture, on en est donc réduit à
partir de rien, et il faut bien laisser au sculpteur tout loisir
d’exercer son imagination, ce qui n’est pas sans poser de
problèmes. C’est pourquoi, finalement, les confucianistes ont
préféré la solution du tout ou rien, en optant pour le rien à la
manière du Brand d’Ibsen
.
Pourtant, je
me rappelle avoir vu trois fois des portraits représentant
Confucius. L’un était en illustration d’une édition des
« Entretiens familiers de Confucius » (Kongzi Jiayu《孔子家语》)
.
Une autre
fois, le portrait était en première page d’un numéro du journal
des « Critiques pures » (《清議報》)
édité par
Liang Qichao (梁啟超)
à Yokohama où il s’était réfugié pour sauver sa peau après
l’échec de la Réforme des cent jours, journal qui avait ensuite
été exfiltré à Shanghai. La troisième fois, c’était une
représentation de la rencontre entre Laozi et Confucius gravée
sur le mur d’une tombe de la dynastie des Han
.
Quelle impression ai-je tirée de Confucius dans ces images ?
Celle d’un vieil homme maigre, vêtu d’une longue robe aux larges
manches, portant une épée à la taille, ou tenant un bâton sous
le bras, dans une attitude des plus sérieuses inspirant le plus
grand respect. Si vous deviez rester assis à ses côtés
,
il vous faudrait vous tenir bien droit et vous auriez sans aucun
doute les articulations en capilotade au bout de deux ou trois
heures. Tout quidam ordinaire n’aurait probablement qu’une
envie : prendre la fuite.
Par la suite,
je suis allé au Shandong, et j’ai été ballotté sur des routes
cahoteuses qui m’ont beaucoup éprouvé. C’est alors que j’ai
pensé à notre Confucius : ce Sage dépeint comme le maître ayant
maîtrisé la Voie, je le voyais soudain secoué et brinquebalé
dans un petit chariot minable au cours de ses multiples
pérégrinations. J’ai trouvé l’idée assez drôle. Il faut dire que
les associations d’idées de ce genre sont parfaitement
malvenues, cela frise le sacrilège. On n’aurait pas de telles
idées si l’on était un fervent disciple de Confucius. Mais, à
l’époque, nombreux étaient les jeunes qui arboraient des pensées
aussi peu orthodoxes.
Je suis né à
la toute fin de la dynastie des Qing. Confucius avait alors été
gratifié du titre ronflant de « Sage suprême du grand
accomplissement, roi de la propagation de la culture » (Dacheng
zhisheng wenxuan wang
大成至聖文宣王)
.
Il va sans dire qu’à l’époque la « voie du sage » contrôlait
tout dans le pays tout entier. À ceux qui étudiaient était
imposée l’étude des Quatre Livres et des Cinq Classiques. Ils
devaient en apprendre les interprétations correctes et écrire
des essais dans le style idoine, les
baguwen
(八股文),
ce qui les forçait à adopter les idées expressément
recommandées. À force de répéter sans cesse les mêmes idées, ces
braves lettrés confucéens avaient une parfaite connaissance d’un
monde carré, mais ne savaient rien de la terre sphérique. Aussi,
quand ils ont dû affronter la France et l’Angleterre dans des
combats qui ne sont pas mentionnés dans les Quatre Livres, se
sont-ils fait battre à plate couture. Peut-être était-ce parce
qu’ils pensaient qu’il était plus important de se sauver que de
mourir en se sacrifiant pour Confucius. Quelle qu’en soit la
raison, bien qu’ayant jusque-là vénéré de tout cœur le grand
Sage, les bureaucrates comme le gouvernement ont alors commencé
à se sentir ébranlés dans leurs convictions et ont déversé des
fortunes pour financer des traductions de livres de diables
étrangers. Furent alors publiés de grands classiques
scientifiques comme « On the Construction of Heavens » de John
Herschel, « Principles of Geology » de Charles Lyell et le
« System of Mineralogy » de James Dana. Même aujourd’hui, on
trouve encore des vestiges de cette époque dans les librairies,
parmi les livres anciens.
Les réactions,
bien sûr, étaient inévitables. À la toute fin de la dynastie des
Qing, on a vu apparaître une cristallisation de la pensée
confucéenne, et l’incarnation du lettré de la Grande Étude en la
personne de Xu Tong (徐桐)
.
Non seulement est-il allé jusqu’à dénoncer les mathématiques
comme étant une science des diables étrangers, il a aussi nié
l’existence de l’Espagne et du Portugal : il reconnaissait qu’il
y avait des pays dans le monde comme la France et l’Angleterre,
mais pas l’Espagne et le Portugal. D’après lui, la France et
l’Angleterre ayant tant de fois demandé des concessions à la
Chine qu’elles avaient quand même fini par en éprouver quelque
gêne, elles ont imaginé cette astuce pour pouvoir continuer à le
faire. En 1900, Xu Tong a été l’instigateur et même
l’orchestrateur en coulisses de la révolte des Boxers. Et quand
ils ont été battus, il s’est suicidé. À ce moment-là, le
gouvernement a de nouveau accordé quelque crédit aux lois, à la
politique, à la technologie et au savoir des pays étrangers
comme quelque chose qu’il valait la peine de comprendre et
d’émuler.
C’est à cette
époque que je rêvais d’aller étudier au Japon. J’ai fini par
exaucer ce rêve et je suis allé étudier à l’université Kōbun
Gakuin fondée à Tokyo par maître Kanō
.
C’est
là que le professeur Misawa Rikitarō m’a appris que l’eau est
composée d’oxygène et d’hydrogène. […] Un jour, le recteur de
cette institution nous a rassemblés et nous a dit : « Puisque
vous êtes des disciples de Confucius, nous allons donc
aujourd’hui nous rendre au temple de Confucius à Ochanomizu
pour lui présenter nos respects. » Cela m’a interloqué et je me
souviens très bien de ce que j’ai alors pensé : c’est justement
en désespoir de cause, parce que je n’attendais plus rien de
Confucius et de ses adeptes, que j’étais venu étudier au Japon.
Alors allait-il falloir que j’aille le vénérer à nouveau ? Sur
le moment, j’ai trouvé cela étrange. Et je n’étais pas le seul à
le penser.
Mais
l’infortune de Confucius incompris dans son propre pays ne date
pas du 20e siècle. Mencius l’a critiqué pour être
« le sage en son temps » (聖之時者也)
,
ce qui, si je voulais l’exprimer en chinois moderne, donnerait
« le sage moderne » (摩登聖人)
– je n’ai guère d’autre choix. Le concernant, ce n’est pas un
titre honorifique bien dangereux, mais malgré tout, ce n’est pas
non plus particulièrement bienvenu. Qu’en est-il en réalité ?
C’est en fait uniquement après sa mort que Confucius a été ainsi
statufié comme « sage en son temps ». Mais, de son vivant, il a
beaucoup souffert. Il a erré par monts et par vaux, et s’il est
vrai qu’il a été ministre de la police dans l’État de Lu
,
il a vite été limogé et s’est retrouvé sans emploi. Qui plus
est, il était méprisé par les ministres les plus puissants,
raillé par les ermites retirés dans la nature, et a même une
fois été violemment attaqué par une foule déchaînée, avant
d’être réduit à la famine. Bien qu’il ait attiré quelque trois
mille disciples, seuls 72 étaient vraiment fiables, et encore ne
pouvait-il compter que sur un seul, au point qu’un jour de
déprime il s’est exclamé : « Personne ne suit ma Voie. J’ai
envie de partir sur un radeau et me laisser dériver sur l’océan.
Qui alors m’accompagnerait sinon toi, You [Zilu] ? ».
Par la suite, alors que Zilu avait été amené à se battre contre
ses ennemis, l’attache qui retenait sa coiffe fut tranchée, mais
il resta digne de ce qui était attendu de lui ; même à ce
moment-là, il se rappela la leçon de son maître : « Quand un
homme de bien est sur le point de mourir, dit-il, il veille à
avoir la tête couverte. » Alors il renoua la lanière cassée de
sa coiffe, et fut réduit en chair à pâté. Ayant perdu le seul
disciple sur lequel il pouvait réellement compter, Confucius fut
bien sûr extrêmement affecté. On dit qu’après avoir appris la
nouvelle, il donna l’ordre de jeter la chair à pâté qui était
dans sa cuisine.
On peut donc
dire, me semble-t-il, que le sort de Confucius s’est légèrement
amélioré après sa mort. Comme il n’était plus là pour discourir
sans fin de sa doctrine, des gens puissants de toutes sortes
l’ont enduit d’une crème cosmétique pour le blanchir, l’élevant
ainsi à des hauteurs effrayantes. Cependant, si on le compare à
Sakyamuni qui a été importé plus tard en Chine, il fait
réellement piètre figure. Il est vrai que la moindre localité a
son Temple du Sage ou des Lettres, mais ils paraissent en
général isolés et négligés. Les gens ordinaires n’y vont pas se
recueillir. S’ils veulent aller prier, ils vont plutôt dans un
temple bouddhiste ou taoïste. Et si vous demandez au premier
venu qui est Confucius, il va bien sûr vous répondre : le Sage ;
mais ils ne font que répéter comme des perroquets ce qu’ils ont
entendu dire en haut lieu. De la même manière, ils vénèrent tout
papier portant un texte écrit, mais par pure superstition, parce
qu’ils ont peur d’être frappés par la foudre s’ils ne le
faisaient pas.
Le temple de Confucius à Nankin est un endroit très animé, mais
c’est en raison des nombreux divertissements et maison de thé
qu’on y trouve. On dit que, lorsque Confucius écrivait les
« Annales des Printemps et automnes », les ministres félons et
les mauvais fils tremblaient de peur. Mais si vous posez la
question aujourd’hui, personne ne sera capable de nommer un seul
de ces ministres félons et mauvais fils sensés avoir été livrés
par Confucius à la vindicte publique dans cet ouvrage. Et si
vous insistez à mentionner des catégories de ce genre, on vous
citera sans doute l’exemple de Cao Cao, seulement cela ne vient
pas de l’enseignement de Confucius, mais bien plutôt des auteurs
anonymes d’œuvres populaires de fiction et de théâtre
.
En résumé,
Confucius a été élevé en Chine à des hauteurs inégalées par les
détenteurs du pouvoir. Il est le Sage de ces puissants, ou de
ceux qui aspirent à le devenir ; il n’a rien à voir avec le
petit peuple. Mais, s’agissant du Temple du Sage, l’enthousiasme
de ces puissants personnages ne dure qu’un temps. Ils ont en
effet d’autres idées derrière la tête en honorant Confucius,
c’est un outil qui perd son utilité une fois qu’ils ont atteint
leurs objectifs, et s’ils ne les atteignent pas, il devient
encore plus inutile. Il y a trente ou quarante ans, ceux qui
lorgnaient le pouvoir, c’est-à-dire qui voulaient devenir
bureaucrates, ceux-là étudiaient les Quatre Livres et les Cinq
Classiques et rédigeaient des
essais « à huit jambes ».
D’autres ont appelé ces textes et compositions des « briques
servant de heurtoir »
,
ce qui signifie que, une fois acquis le succès aux examens, ces
textes tombaient dans l’oubli, tout comme les briques utilisées
en guise de heurtoir : une fois que la porte est ouverte, on
oublie la brique. Et il en est ainsi de Confucius : depuis qu’il
est mort, il a constamment été utilisé ainsi.
Si l’on
considère les exemples récents, c’est encore plus net. À partir
du début du 20e siècle, Confucius n’a pas été
favorisé par le sort. Mais il est redevenu bien en cour du temps
de Yuan Shikai
.
Non seulement les sacrifices rituels ont été réinstaurés, mais
on a même alors inventé d’étranges costumes pour les officiants.
Tout ceci accompagnait la tentative de restauration du régime
impérial. Cependant, au bout du compte, malgré les coups de
butoir, la porte ne s’est pas ouverte, et Yuan Shikai est mort
devant. Restaient les seigneurs de la guerre du Beiyang.
Quand ils ont compris qu’ils arrivaient au bout du rouleau, ils
ont eux aussi utilisé Confucius comme heurtoir pour se faire
ouvrir d’autres portes d’accès à la félicité. Il y avait ainsi
le général Sun Chuanfang qui contrôlait les provinces du Jiangsu
et du Zhejiang et qui avait coutume de trancher sans façon la
tête des gens qui se trouvaient sur son chemin, réinstaurant
ainsi le vieux rituel du concours de « tir en pot »
.
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Sun
Chuanfang
孙传芳,
le « seigneur de Nankin » |
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Mais il y
avait aussi le général Zhang Zongchang qui contrôlait le
Shandong et qui avait tant d’argent, tant de troupes et tant de
concubines que lui-même n’arrivait pas à en faire le compte – il
a réédité les Treize Classiques
.
En outre, il a interprété la Voie du Sage comme une sorte de
maladie sexuellement transmissible et a donc pris un descendant
de Confucius comme gendre. Mais les portes du bonheur ne se sont
pas ouvertes pour autant ni pour l’un ni pour les autres.
Ces trois
personnages ont pris Confucius comme heurtoir, mais les temps
avaient changé, c’est pourquoi ils ont immanquablement échoué.
Et non seulement ils ont eux-mêmes échoué, mais ils ont en outre
entraîné Confucius dans leur chute, en le mettant dans une
situation plus tragique encore. Ils avaient une instruction des
plus réduites, mais ils pouvaient déblatérer sans fin sur le
sujet des Treize Classiques et autres, si bien qu’on les
trouvait drôles et ridicules. Il y avait un tel fossé entre
leurs paroles et leurs actes que cela suscitait une animosité
plus grande encore. Quand on déteste un moine, l’antipathie
s’étend à son habit. Il était clair que Confucius était utilisé
et instrumentalisé à des fins propres, le désir de le faire
tomber de son piédestal n’en était que plus fort.
C’est
pourquoi, du fait même que Confucius est drapé dans une dignité
et une solennité suprêmes, il est inéluctable de voir se
multiplier livres et essais soulignant ses travers. Car même
Confucius a ses défauts, mais en temps normal personne n’en a
cure car, après tout, il est humain, donc excusable. Mais, si
ses adeptes le montent en épingle en disant des bêtises, que le
Sage disait ceci et que le Sage disait cela, et donc que vous ne
pouvez que faire ceci et faire cela, on finit par tourner tout
cela en rigolade. Il y a cinq ou six ans, une mise en scène du
fameux épisode « Confucius rend visite à Nan Zi »
a provoqué une vive controverse. Dans cette pièce, Confucius
apparaît sur scène, dans une attitude quelque peu différente de
la noble image du Sage ; il est inévitablement un peu lent, un
peu niais, mais le personnage est attrayant et très sympathique.
Pourtant, ses descendants ont été offusqués et ont porté
l’affaire au tribunal, au siège du gouvernement. C’est en fait
parce que la représentation a été donnée dans la ville natale de
Confucius. Or, les descendants du Sage s’y sont multipliés de
manière exponentielle, au point de devenir une classe jouissant
de privilèges spéciaux, à couvrir de honte Sakyamuni et Socrate.
Mais c’est aussi peut-être pour cette raison même que des jeunes
qui vivent là ont voulu justement mettre en scène « Confucius
rencontre Nan Zi ».
Quant au
peuple ordinaire, tout spécialement les prétendues masses
incultes, bien que désignant Confucius du nom de Sage, elles ne
le considèrent pas comme tel. Elles lui témoignent un certains
respect, mais ne ressentent aucune affinité avec lui. Or j’ai
bien peur qu’il n’y ait personne au monde qui puisse comprendre
Confucius aussi bien que les fameuses masses incultes chinoises.
Ceci dit, ne nous y trompons pas : Confucius a proposé des
moyens formidables de gouverner un pays, mais c’était dans le
but de gouverner le peuple. Ce sont des méthodes de gouvernement
destinées aux puissants de ce monde, à ceux qui sont au pouvoir,
elles ne sont pas du tout en faveur du peuple. C’est ce qu’il
faut entendre par la phrase « Les rites ne descendent pas
jusqu’au peuple. » Que Confucius soit devenu le Sage des
puissants puis ait été transformé en « brique pour frapper à la
porte » n’est finalement que justice. On ne peut pas dire qu’il
n’a absolument rien à voir avec le peuple. Mais dire qu’il n’a
aucune affinité envers lui, il faut bien le reconnaître, est un
euphémisme poli. Et il est des plus normal de ne pas chercher à
se rapprocher d’un Sage envers lequel on ne ressent aucune
affinité. Essayez pour voir : mettez des haillons tout rapiécés,
et allez vous présenter pieds nus à la porte du hall principal
du Temple de Confucius. J’ai bien peur que ce soit exactement
comme tenter d’entrer dans un cinéma luxueux de Shanghai ou dans
le compartiment de première classe d’un train : vous allez vous
faire vider. Tout le monde sait bien que c’est là le domaine
réservé de l’élite qui a l’argent et l’autorité. Même les masses
incultes ne seraient pas incultes au point de commettre une
bourde de ce genre.
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