Guo Shuang
郭爽
Présentation
par
Brigitte Duzan, 10 septembre 2026
Née en
1984, Guo Shuang (郭爽)
est
une écrivaine, auteure de recueils de nouvelles et novellas
ainsi que d’un premier roman. Celui publié en octobre 2025,
« Le chant de la rivière » (《河上歌》 ),
figurait dans la
présélection du prix Blancpain-Imaginist 2026,
prix dont Guo Shuang avait déjà été
finaliste
en 2019 et 2022.
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Guo Shuang |
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Nouvelles et « contes »
Originaire du Guizhou, Guo Shuang est diplômée du
département de chinois de l’université de Xiamen (厦门大学中文系),
et a travaillé pendant dix ans comme journaliste et
rédactrice dans différents organes de presse, dont le
quotidien Nanfang Dushibao (《南方都市报》).
Elle a commencé à écrire des nouvelles en 2014 et publié sa
première novella en 2017, et son premier recueil de
nouvelles et novellas en novembre 2018.
2018 :
Dans le feu de la lumière de midi
Le titre
de ce premier recueil de nouvelles et novellas, « Dans le
feu de la lumière de midi » (《正午时踏进光焰》),
est inspiré d’un poème de Dylan Thomas « Youth Calls to Age
»
.
C’est un recueil de huit nouvelles et novellas écrites entre
2016 et 2018
qui reflètent les grands changements intervenus dans la vie
de l’auteure pendant cette période, le départ à la retraite
et la maladie de ses parents, son retrait d’une vie bien
réglée dans une entreprise de presse, avec les inquiétudes
et les dilemmes liés à ces épisodes stressants.
Guo Shuang
reprend le thème du poème de Dylan Thomas : les relations
entre générations, ici dans les grandes usines du sud-ouest
de la Chine, mais en dépassant ce contexte : en en faisant
une thématique universelle. Pères et enfants ont chacun
leurs secrets, leurs difficultés à vivre, leurs idéaux
brisés, et finalement des destins semblables, une même crise
existentielle, les aînés ne pouvant être d’un grand secours
: comme dans le poème de Dylan Thomas, les questions des
jeunes restent sans réponse, ou plutôt sont renvoyées comme
en écho…
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Dans
le feu de la lumière de midi |
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2019 :
Je voudrais apprendre à trembler
En janvier
2019, elle publie le recueil de « contes » (couronné de
trois prix en 2020) « Je voudrais apprendre à trembler »
(《我愿意学习发抖》),
sous-titré : « Dix histoires pour enfants » (“十个童年故事”).
Ce sont des histoires vraies, ou fondées sur la réalité,
écrites après être allée en Allemagne, dans la Forêt noire
comme dans une forêt enchantée, dans le cadre d’un projet de
recherche sur les contes de Grimm et leur influence sur les
gens d’aujourd’hui. Ces dix histoires sont un écho des
contes, replacés dans un contexte actuel et documentaire,
dans un mélange réalité-fiction : des histoires d’immigrants
turcs, d’individus transgenre, des problèmes de mariage, de
traumas d’enfance, d’idéaux artistiques, d’éthique
familiale. Le titre est inspiré du conte de Grimm intitulé :
le « conte
de celui qui partit pour apprendre la peur »
(Märchen von einem, der auszog das Fürchten zu lernen)
.
C’est
après avoir terminé son manuscrit que Guo Shuang a
démissionné de son travail pour se consacrer à l’écriture à
part entière. Ce recueil de fables modernes marque donc un
tournant dans sa carrière et son écriture, ses écrits
réfléchissant sa vie personnelle.
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Je
voudrais apprendre à trembler |
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C’est
alors qu’elle écrit un nouveau recueil de nouvelles, « La
Lune » (《月球》),
publié en octobre 2021.
2021 :
La Lune
Il s’agit
d’un recueil de six nouvelles courtes plus une postface,
comme des capsules temporelles
:
un journaliste enquête sur la mort d’une jeune fille dans
une petite ville du sud-ouest, une prof de beaux-arts emmène
son père en voyage en Russie, un jeune qui se dit philosophe
est atteint d’une grave maladie, une jeune mère tente de
reconstruire ses souvenirs de ses amis d’enfance, une
nouvelle génération tente de trouver sa place dans les
industries du divertissement, un neurochirurgien pratique le
contrôle des rêves…
Rêve et
réalité, public et privé, joie et douleur, tout est lié,
tout se fond dans une époque où tout va vite, et où les
valeurs disparaissent au même rythme que la mémoire, et que
la vie elle-même. L’idée du titre est de dépasser les
frontières du quotidien pour reconstruire un nouveau monde
radieux, comme aurait dit Zinoviev, et permettre à « notre
lune » de lentement se lever à l’horizon.
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La
Lune |
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De
la novella au roman
En 2025, à
quelques mois d’intervalle, Guo Shuang a publié un recueil
de trois novellas et son premier roman.
Intitulé
« Un feu assurément » (《肯定的火》),
le recueil est paru en mai 2025 aux éditions Yilin (译林出版社),
comme le roman. Il comporte trois novellas, deux du recueil
de 2018 dont les droits avaient expirés et qu’a repris Yilin
(« Neuf bougainvillées »
《九重葛》et
« Le jeu du cochon »《拱猪》),
la troisième inédite : « Brûler la peau peinte » (《烧画皮》).
Les trois
récits sont des histoires de femmes de différents âges et
différentes générations, écrites d’une point de vue féminin.
Dans une interview publiée sur douban (小说结束时,他们决定更真实地去活),
Guo Shuang explique que ses récits sont liés, que l’on
retrouve des personnages de l’un à l’autre : on retrouve
dans le recueil « La Lune » (《月球》)
les deux personnages de « Bao Shijin » (《鲍时进》),
la 1ère nouvelle du recueil de 2018 ; dans « Un
feu assurément », la troisième novella, « Brûler la peau
peinte », est liée aux deux novellas précédentes, comme un
commentaire a posteriori. C’est donc un système fictionnel
cohérent que celui de Guo Shuang, un système qui évolue
comme un univers familial, au féminin, mais avec aussi une
évolution dans le style, reflétant la maturation de
l’auteure : la troisième novella est écrite à la 1ère
personne.
Ici aussi,
comme l’auteure l’explique dans le même interview, le titre
est emprunté à un poème, en l’occurrence les derniers vers
d’un poème de W.H. Auden écrit dans un bar de New York le
jour de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne marquant le
début de la Seconde Guerre mondiale : « The Affirming
Flame »
Defenceless under the night
Our world in stupor lies;
Yet, dotted everywhere,
Ironic points of light
Flash out wherever the Just
Exchange their messages:
May I, composed like them
Of Eros and of dust,
Beleaguered by the same
Negation and despair,
Show an affirming flame
Guo Shuang raconte qu’en 2019, le rédacteur en chef de la
revue « Le Lac de l’Ouest » (《西湖》杂志)
lui avait demandé ainsi qu’à une autre écrivaine, Dongxia
Qingqing (董夏青青),
d’écrire leurs impressions croisées l’une de l’autre ; dans
son article, Dongxia Qingqing avait cité le vers d’Auden.
Mais ce n’est qu’après la publication de son recueil que Guo
Shuang s’était souvenue de cette histoire ; le vers était
resté dans son inconscient. Cependant, le poème correspond
bien à la teneur de ses récits : les personnages doivent
affronter des situations désespérantes et lutter pour
survivre, en tentant de trouvant en elles le « feu » leur
permettant de s’affirmer et de vivre des vies plus
authentiques.
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Un
feu assurément |
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Quant au
roman, « Le chant de la rivière » (《河上歌》 ),
il est paru en octobre 2025. En 32 chapitres et trois
parties comme trois étapes d’une existence, de la Chine aux
États-Unis et retour, c’est l’odyssée spirituelle de deux
génies mathématiques excentriques, perdus dans un monde
d’algorithmes.
« Le chant
de la rivière » est l’histoire de deux amis qui, à la
fin des années 1990, adolescents rebelles passionnés de
mathématiques, s’enfuient de chez eux pour gagner « le sud »
- en fait Silicon Valley. Mais un accident mortel les oblige
à fuir et les sépare. Quand ils se retrouvent en Chine, des
années plus tard, ils créent ensemble un logiciel de
crypto-monnaies étonnant. Et … ils disparaissent, cette
disparition étant liée au secret qui recouvre l’accident de
leur jeunesse
.
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Le
chant de la rivière |
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Scénariste
D’après le
générique, Guo Shuang a également cosigné le scénario du
deuxième film de
Gu
Xiaogang (顾晓刚)
« Dwelling
by the West Lake » (《草木人间》) sorti
en avril 2024. Un film en deux parties très distinctes dont
on ne sait trop quelle est la part de l’écrivaine dans ce
scénario.
À
800 mètres de Xiao Hong
离萧红八百米
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L’érable norvégien
挪威槭
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La Lune
月球
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Le site d’échanges
换日线
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Au bord du ravin
峡谷边
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Postface : Terminus cœur
后记 心的终端.