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Zhang Tianyi 张天翼

Présentation

par Brigitte Duzan, 24 juin 2017

 

Zhang Tianyi est surtout connu comme auteur de récits pour enfants. Cependant, sa carrière a commencé dans la mouvance de Lu Xun (魯迅) et de la Ligue des écrivains de gauche. La plupart de ses premiers romans et nouvelles, dans les années 1930, relèvent de la littérature de satire sociale, mais, à partir de 1943, il s’est consacré uniquement à l’écriture d’histoires et contes pour enfants.

 

Auteur satirique

 

Premières nouvelles dans les années 1920

 

Zhang Tianyi est né en septembre 1906 dans une grande famille de propriétaires terriens originaire du Hunan dont la fortune était sur le déclin. Comme son père était constamment à la recherche d’un emploi rémunérateur pour nourrir sa progéniture et les autres membres de la famille

 

Zhang Tianyi

qui dépendaient de lui pour leur pain quotidien, ils déménageaient donc souvent, et la famille se trouvait à Nankin quand Zhang Tianyi est né. 

 

Il s’appelait Zhang Yuanding (张元定). Attiré par la littérature étrangère dès l’enfance, et par l’écriture dès le lycée, il commence à écrire dans les années 1920. Sa première nouvelle est publiée dans le journal Samedi (《星期六》) en 1922. Il a seize ans.

 

En 1925, il va étudier à Shanghai, et, au bout d’un an, repart pour entreren classe préparatoire à l’université de Pékin. Il adhère au Parti communiste, et c’est alors qu’il prend le pseudonyme de Zhang Tianyi. En 1927, il abandonne l’université, mais reste marqué par les courants littéraires qu’il y a découverts, et par les idées politiques nouvelles, dont le marxisme. Son père n’a plus d’emploi, la situation familiale est précaire, Zhang Tianyi a besoin de travailler. Il part à Hangzhou puis à Shanghai, passant par divers emplois, petit comptable, instituteur, journaliste.

 

La revue Torrents, mars 1929

 

A Shanghai, il fréquente les milieux du mouvement de la Nouvelle Littérature, rencontre Lu Xun (魯迅) et Yu Dafu (郁达夫) qui l’encouragent. En 1929, sa nouvelle « Un rêve de trois jours et demi » (《三天半的梦》) est acceptée par Lu Xun pour publication dans l’éphémère revue mensuelle Torrents (奔流) [1]. La carrière de Zhang Tianyi est lancée, et elle est aussitôt prolifique. L’un de ses anciens camarades de classe, Zhou Songdi (周颂棣), a expliqué que la situation financière très difficile de la famille est l’une des raisons de l’avalanche de publications de Zhang Tianyi dans une bonne partie des années 1930 : cinq romans et une douzaine de recueils de nouvelles entre 1930 et 1937. Il dépendait de ses revenus d’écrivain pour vivre et aider ses parents. Beaucoup de témoignages ont souligné combien Zhang Tianyi était proche de son père qui avait une profonde affection pour son fils [2].

 

Ecrivain de gauche dans les années 1930

 

En 1930 et 1931, il publie plusieurs nouvelles où affleure un style satirique qui culmine dans un récit écrit sous forme de journal intime, « Journal du Pays des fantômes » (《鬼土日记》), qui pourrait avoir inspiré « La Cité des chats » (《猫城记》) de Lao She (老舍), publié un an plus tard [3]. C’est le même genre de satire, même si elle est un peu moins subtile. Un Chinois se retrouve dans une sorte de Lilliput étrange, habité par deux catégories de citoyens qui ne se mélangent pas, ceux du Haut qui vivent à l’air libre, et ceux du Bas qui vivent sous terre, ces derniers regroupant les travailleurs et paysans, méprisés par les intellectuels et politiciens du Haut.

 

Il prend part aux diatribes entre les partis politiques du pays qui se distinguent par leur conception des toilettes : les uns prônent des wc où l’on s’assoit, les autres des wc où l’on s’accroupit – ce qui dénote indirectement une attitude progressive chez les uns, conservatrice chez les autres. Mais

 

Nouvelles satiriques (Journal du pays

des fantômes et Bao père et fils)

les intellectuels du pays souffrent tous de troubles nerveux, l’un étant écrivain décadent et drogué refusant de se laver, un autre poète symboliste écrivant des vers incompréhensibles, etc.... Fatigué de ces discours creux et inquiet de la tournure qu’ils prennent, le narrateur retourne sur terre, mais, dans la préface à son journal de bord, il précise que ce pays ressemble à la Chine. On ne saurait être plus clair.

 

Zhang Tianyi poursuit en 1933 avec des essais sur l’écriture qui ont un caractère ironique : « Sur le manque de vigueur dans la composition, ses raisons et manières d’y remédier », par exemple.

 

La série des cinq romans et la douzaine de recueils de nouvelles publiées entre 1930 et 1937 ont un fort contenu de satire sociale teintée d’humour qui rend ces récits attrayants pour des publics d’âges divers.

   

Petit Lin et Grand Lin,

édition originale bilingue 1983

 

L’un des romans satiriques du début des années 1930, « L’étrange chevalier-errant de Shanghai » (《洋奇侠》), en est un exemple, Zhang Tianyi faisant ici appel à l’univers mythique du wuxia qui a fait fureur au cinéma à la fin des années 1920 et jusqu’au début des années 1930, avant d’être interdit par le Guomingdang. Publié sous forme de feuilleton dans la presse fin 1933/début 1934, puis édité en 1936, le roman se passe dans la Shanghai du début de la décennie, dans un contexte où l’invasion japonaise incitait à des manifestations de patriotisme chez les intellectuels et où le wuxia insufflait un esprit de résistance martiale hors des contraintes de la réalité. 

 

Le héros du roman est un jeune Chinois candide qui vit dans ce monde imaginaire du wuxia et des arts martiaux. Il a utilisé de l’argent dont il a hérité pour se payer des amulettes et des pilules d’immortalité taoïstes, si bien que, quand ses parents déménagent dans la concession française

pour s’y mettre à l’abri des bombardements japonais, il refuse de les suivre en se pensant protégé contre les bombes par son arsenal de magie taoïste ; c’est donc à sa grande surprise qu’il se retrouve, blessé, à l’hôpital. La satire écorche autant les naïfs comme lui que les profiteurs qui s’enrichissent de leur candeur et de leurs élans patriotiques.

 

Publiée en 1934, la nouvelle « Bao père et fils » (《包氏父子》) est l’une des plus connues de la décennie. Elle décrit les espoirs de réussite sociale qu’un serviteur dans une grande famille, Bao père, place dans son fils. Il l’inscrit dans une école de style occidental dans l’espoir qu’il deviendra un haut fonctionnaire et sera l’honneur de sa famille, mais surtout pourra apporter à ses proches des prébendes sonnantes et trébuchantes. Le fils, lui, est surtout attiré par le mode de vie occidental, et l’aisance de ses camarades de classe envers lesquels il a un complexe d’infériorité. La nouvelle a été adaptée au cinéma en 1983 par Xie Tieli (谢铁骊) [4].

 

La nouvelle « Le Festival de la mi-automne » (《清明时节》), publiée en 1936, est un autre tableau désopilant de la société chinoise, à travers le portrait de deux propriétaires terriens, opposant un Troisième Oncle plutôt sympathique, mais couard, à un Kui Daye cruel et méprisant envers ses « inférieurs » paysans. Zhang Tianyi allège sa satire par un humour froid qui ridiculise les travers de ses personnages.

 

C’est à nouveau le thème de la vénalité et de l’hypocrisie sociale qui est développé dans la nouvelle « Monsieur Hua Wei » (《华威先生》) publiée en 1938, dans un contexte plus dramatique, celui de l’occupation de Shanghai par les Japonais. Le récit est conté à la première personne par un cousin de M. Hua qui vante ses actions de résistance, mais dont les louanges soulignent en fait l’écart entre les déclarations et la réalité moins glorieuse du personnage. La participation de M. Hua à diverses organisations de salut national

 

M. Hua Wei (caricature)

semble se borner à participer à divers banquets pour satisfaire son amour de la bonne chère.

 

Le trait est acéré, et la satire semble orientée vers la bureaucratie chinoise de façon générale, mais, à la fin du récit, il apparaît nettement qu’il s’agit d’un type de fonctionnaire du gouvernement nationaliste, et d’une satire particulière de l’action de celui-ci, orientée vers l’annihilation des communistes, bien plus que contre l’envahisseur. Selon certains, la nouvelle aurait été traduite en japonais, et utilisée par le gouvernement japonais comme justification de son intervention en Chine [5].

 

Style réaliste

   

Zhang Tianyi apparaît à travers ces écrits comme un écrivain original, dégagé de la gangue des courants de l’époque, y compris la tendance au sentimentalisme autobiographique, au romantisme ou à l’idéalisme. Il se distingue plutôt par un « nouveau réalisme » qui passe par la satire sociale, teintée au besoin d’un humour où l’on peut lire une certaine amertume. En même temps, il écrit dans un style vernaculaire bien plus accessible que la prose de réalistes plus âgés comme Mao Dun.

 

Ce qu’il semble regretter, en s’en moquant, c’est le manque d’engagement des intellectuels de son temps. Ce ne sont pas des intellectuels frustrés, ils reconnaissent que l’engagement politique serait la solution à leurs contradictions intimes, mais ils n’ont pas le courage d’aller au bout de leur raisonnement. C’est le cas, par exemple, du personnage principal de l’une des premières nouvelles des années 1930 « La grande tristesse de Zhu Changzi » (肠子的悲哀》).

 

Auteur d’histoires pour enfants

 

Le tournant de 1943

 

En pleine guerre, en 1943, Zhang Tianyi devient rédacteur en chef du journal Littérature du peuple (Renmin wenxue《人民文学》). En même temps, il décide d’abandonner l’écriture de romans pour se consacrer exclusivement à des histoires pour enfants.

 

Dans les années 1950, son style évolue vers une vision positive de la société, contrairement aux nouvelles satiriques sombres des années 1930. C’est le cas, par exemple, de la nouvelle primée en 1954, « L’histoire de Luo Wenying » (《罗文应的故事》), où il est question d’un vilain et méchant garçon transformé en bon Petit Pionnier grâce à l’aide de ses camarades et d’un soldat. La Chine est devenue un monde propre où tous les enfants, bons et méchants, sont bien nourris.

 

Zhang Tianyi est alors célébré comme second père fondateur de la littérature chinoise pour enfants, après Ye Shengtao (叶圣陶). Publié à l’aube du Grand Bond en avant et devenu un classique du genre, « La Calebasse magique » (《宝葫芦的秘密》) est considéré comme l’un des grands textes pour enfants de la Chine nouvelle, avant la Révolution culturelle.

 

La Révolution culturelle

 

Au début de la Révolution culturelle, Zhang Tianyi est attaqué et déclaré « Partisan de la voie capitaliste » (走资派) et « Elément actif de la ligne noire des lettres et des arts » (执行文艺黑线的干将). Il est envoyé dans un camps de rééducation par le travail dans la préfecture de Xianning, dans le Hubei (湖北咸宁劳动).

 

L’ouverture

 

Au lendemain de la Révolution culturelle, les œuvres de Zhang Tianyi – nouvelles, contes pour enfants et scénarios - font l’objet de rééditions en recueils dès 1979. Une édition en sept volumes est publiée à Shanghai entre 1985 et 1989. Cependant, une seule œuvre nouvelle est publiée pendant cette période, en 1980 : « Le Royaume des canards en or » (《金鸭帝国》). Mais l’auteur, malade, ne peut l’achever.

 

 

Zhang Tianyi au début des années 1980

 

 

Très marqué par les persécutions subies pendant la Révolution culturelle, il est partiellement paralysé et aphasique. Il meurt en 1985.

 

L’œuvre est objet d’études. Sont édités des ouvrages de recherche et de critique, dont, en 1982, « Documents de recherche sur Zhang Tianyi » (《张天翼研究资料》), coédité par Shen Chengkuan (son épouse) / Huang Youxing / Wu Fuhui (沈承宽、黄侯兴、吴福辉), qui reste un ouvrage de référence, complété et réédité en 1987.

 

Recueil de contes

 

Nouvelles choisies, avril 1981

 

Anthologie, juillet 1989

 

Recueil de cinq contes illustrés, février 1983

 

Documents de recherche sur

Zhang Tianyi, août 1982

  


 

Principales publications

 

Principaux recueils de nouvelles

 

1929 Un rêve de trois jours et demi 《三天半的梦》

1931 Du vide au plein 《从空虚到充实》

1931 Petit Pierre 《小彼得》

1931 La grande tristesse de Zhu Changzi

1933 Grand Lin et Petit Lin 《大林和小林》

1933-34 L’étrange chevalier-errant de Shanghai 《洋奇侠》

1934 Bao père et fils 《包氏父子》

1936 La Fête de la mi-automne 《清明时节》

1936 Le Roi chauve 《秃秃大王》

1938 Mr. Hua Wei 《华威先生》

1939 Pays 《同乡们》

1943 Trois esquisses 《速写三篇》

1952 L’histoire de Luo Wenying 《罗文应的故事》

1954 Le Grand loup gris 《大灰狼》 scénario (剧本)

1958 La Calebasse magique 《宝葫芦的秘密》

 

Romans

 

1931 Journal du Pays des fantômes 《鬼土日记》

1932 Engrenages 《齿轮》

1933 Une année 《一年》

1937 En ville 《在城市里》

1980 Le Royaume des canards en or 《金鸭帝国》 (inachevé)

 


 

Traductions en français

 

- Haine, dans De la révolution littéraire à la littérature révolutionnaire. Récits chinois. 1918-1942, trad. et présenté par Martine Valette-Hémery, L'Herne, 1970

- Petit Lin et Grand Lin, Bibliothèque internationale Nathan 1981, bilingue 1983, rééd. 1991

- Le Grand Loup gris, Éditions en langues étrangères, 1981

- La Calebasse magique, Éditions en langues étrangères, 1982.

 


 

Traductions en anglais

 

Midautumn Festival, tr. Ronald Miao, in : The Columbia Anthology of Modern Chinese Literature, ed. by Joseph S.M. Lau & Howard Goldblatt, Columbia University Press 2007, pp. 125-131.

 


 

Adaptations cinématographiques

 

1983 Bao père et fils 《包氏父子》 réalisé par Xie Tieli (谢铁骊) Studio de Pékin

1963 La Calebasse magique 《宝葫芦的秘密》 réalisé par Yang Xiaozhong (杨小仲) au studio Tianma de

           Shanghai

2007 The Secret of the Magic Gourd : adaptation du conte par Disney

 

 


[1] C’est l’une des dernières nouvelles publiées dans cette revue que Lu Xun et Yu Dafu ont créée en juin 1926 et qui disparaît en décembre 1929, après quinze numéros.

[2] Voir l’ouvrage de Marston Anderson « The Limits of Realism : Chinese Fiction in the Revolutionary Period”,  p. 155.

[3] Le texte original, en dix chapitres : http://dangdaimingjia.xiusha.com/zty/gtrj/index.htm

[4] Voir chinesemovies (à venir)…

[5] Voir : The Literature of China in the 20th Century, Bonnie S. McDougall / Kam Louie, Columbia University Press 1997, p. 138.

 

     

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

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