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Chu Hsi-ning 朱西甯

1927-1998

Présentation

par Brigitte Duzan, 20 avril 2022

 

Écrivain taïwanais originaire du Shandong, Chu Hsi-ning [1] est parti à Taïwan en 1949 avec l’armée nationaliste. Il est le père des écrivaines Chu Tien-wen (朱天文), Chu Tien-hsin (朱天心) et, moins connue, Chu Tien-yi (朱天衣).

 

Il est né en juin 1927 à Suqian (宿迁) dans le Jiangsu, dans une famille chrétienne originaire du Shandong.

En 1945, il entre à l’école des Beaux-Arts de Hangzhou, mais interrompt bientôt ses études s’engager dans la Nouvelle armée du général nationaliste Sun Li-jen (孫立人) avec lequel il fuit à Taiwan où il arrive en avril 1949.

 

En 1946, il avait publié dans le Quotidien du Centre (zhongyang ribao《中央日报》) une première nouvelle intitulée « Occidentalisation » (《洋化》).

 

Chu Hsi-ning

 

Chu Hsi-ning à son bureau dans sa jeunesse

 

À Taiwan, il écrit le soir alors qu’il travaille au ministère de la Défense : il est l’un des « écrivains au sein de l’armée » (军中作家), et même « l’un des trois fers de lance des écrivains au sein de l’armée » (军中三剑), avec Ma Zhongyuan (马中原) et Duan Caihua (段彩华).

 

Il se consacre entièrement à l’écriture après avoir quitté l’armée, avec le grade de colonel, en 1972. Zhang Ailing (ou Eileen Chang) voyait en lui un nouveau Shen Congwen (沈从文), écrivain vénéré à Taiwan

par les écrivains venus du Continent : Chu Hsi-ning est l’un des écrivains représentatifs du courant littéraire taïwanais empreint de nostalgie du passé continental et rural inspiré de Shen Congwen, la « littérature du terroir » (台湾乡土文学).  

 

L’œuvre de Chu Hsi-ning est cependant aussi diverse qu’abondante car d’une inspiration en constant renouvellement. Héritier du mouvement du 4 mai, il dépeint dans ses récits l’impact de la modernité sur la vie des gens du peuple et les conflits qui en résultent au sein de la société. Contrairement à une majorité des auteurs chinois des années 1930 et 1940, il est cependant essentiellement conservateur, ses histoires soulignant la force des valeurs traditionnelles, empreinte en outre d’une morale chrétienne.

 

En 1974, il rencontre Hu Lancheng (胡兰成), l’ancien mari de Zhang Ailing réfugié à Taiwan qu’il contribue à promouvoir sur la scène littéraire taïwanaise. C’est alors qu’avec ses filles il crée les éditions dites « Trois Trois » (三三书坊) avec un journal du même nom, le double trois étant en référence à la fois aux Trois Principes du peuple (三民主) de Sun Yat-sen [2] et à la Sainte Trinité

 

Notes pour le 23 août (éd.1979)

chrétienne. Il rompt avec Zhang Ailing en raison de l’attachement de toute la famille à Hu Lancheng. Son œuvre a subi un infléchissement sous cette influence. 

 

Son épouse Liu Mu-sha (刘慕沙) était, elle, née à Taiwan en 1935, alors que l’île était colonie japonaise. Elle a donc d’abord porté un prénom japonais, parlait et écrivait la langue et reste connue pour ses traductions d’auteurs japonais comme Ryûnosuke Akutagawa et Yasunari Kawabata.

 

Rêves inachevés

 

Le démon de la sécheresse (réédition 2018)

 

C’est tout naturellement que les trois filles du couple ont poursuivi la tradition familiale et sont devenues écrivaines, les deux aînées, Tien-wen et sa cadette Tien-hsin, comptant parmi les figures les plus importantes de la littérature taïwanaise contemporaine.

 

 

Chu Hsi-ning, entouré de sa femme (à sa dr.) et de ses trois filles

 

 

Chu Hsi-ning est mort le 22 mars 1998.

Ses œuvres ont été réédités en 2018 à l’occasion de l’anniversaire de sa mort.

 


 

Principales publications en chinois [3]

(romans et nouvelles)

 

Jiangjun yu wo将军与我 (Le général et moi), Hongfan, 1976

Mao(Le chat), Yuanliu 1990

Hanba  旱魃 (Le démon de la sécheresse), Yuanliu 1993

Hua Taiping jia chuan《华太平家传》(L’héritage de la famille Hua Taiping), Lianhe wenxue, 2002 – inachevé

Poxiao shifen《破曉時分》(L’aube), INK 2003

Tie jiang 鐵漿 (L’acier en fusion), INK 2003.

Ba er san zhu《八二三注》(Notes pour le 23 août), INK 2003.

 


 

Traductions en anglais

 

“Molten Iron” 鐵漿1961, trad. Nancy Chang Ing, in The Ivory Balls & Other Stories, Mei Ya 1970.

“The Wolf”1961 et “Dawn” 破曉時分1963, trad. Hou Chien, in An Anthology of Contemporary Chinese Literature: Taiwan, 1949–74, National Institute for Compilation and Translation, 1975, pp. 77-114.

“The Men Who Smelt Gold”冶金者1969, trad. George Kao, Renditions, Autumn 1973, pp. 107-121.

“Remembrances of Days Gone By”多少舊事煙塵1969, trad. Wu Wang Heng-ling, The Chinese Pen, Spring 1975.

“The General” 將軍與我1973, trad. David Steelman, The Chinese Pen, Summer 1976.

“The Great Puppet Show” 大布袋戲1959, trad. Hua-yuan Li Mowry, The Chinese Pen, Autumn 1980.

“I Was in Peking June 3-6, 1989” 我在北京1989, trad. Daniel T. Hu, The Chinese Pen, Autumn 1989.

 


 

Traductions en français

 

Trois nouvelles : « Le Fer en fusion » ( 鐵漿), « La Nouvelle Tombe » (《新坟》) et « Sur la charrette »,
in Anthologie de la famille Chu, œuvres de Chu Hsi-ning, Chu T’ien-wen et Chu T’ien-hsin,
trad. du chinois (Taiwan) par Angel Pino et Isabelle Rabut,

Christian Bourgois, coll. « Lettres taïwanaises », Paris, 2004.

 


 

Adaptation au cinéma

 

« At Dawn » (Poxaio shifen《破曉時分》) : adaptation au cinéma par le réalisateur Sung Tsun-shou (宋存壽), film coréalisé avec Li Han-hsiang (李翰祥) sorti en 1968 et succès immédiat.

 


 

Documentaire

 

« Rêves inachevés » / « Unfulfilled Dreams »《願未央》, film documentaire de Chu Tien-wen (朱天文), produit par Tung Tzu-hsien – Fisfisa Media, producteurs exécutifs Hou Hsiao-hsien & Alex Yang [4].

L’histoire du couple  Chu Hsi-ning- Liu Mu-sha vue par leurs trois filles, avec photos, extraits de lettres et souvenirs de la vie dans les « villages de garnison ».

« Au-delà de cette histoire personnelle se dessine tout un pan de l’histoire chinoise du XXe siècle, envisagée du point de vue des vaincus de la guerre civile : l’engagement dans les rangs des nationalistes, l’exil douloureux de 1949, les visites aux parents du continent, autorisées de nouveau à partir de 1988, sans oublier la terreur blanche dont a été victime un des frères de Liu Mu-sha. Des écrivains taïwanais  - Chang Ta-ch’un (張大春), Wuhe (舞鹤), Su Wei-chen (蘇偉貞) - mais aussi de la République populaire (Mo Yan, A Cheng) témoignent de la révélation qu’a été pour eux la lecture des œuvres de Chu Hsi-ning. » (Isabelle Rabut).

 

Bande annonce https://www.youtube.com/watch?v=3acR_IfxDEg


 

[1] Selon la graphie en usage à Taiwan. Zhu Xining (朱西宁) selon la transcription pinyin et l’écriture en caractères simplifiés.

[2] Encore appelés « Triple démisme » : Minzu (民族) ou Nationalisme citoyen, Minquan (民权) ou Droits du peuple, et Minsheng (民生) ou Bien-être du peuple, législation sociale incluant une réforme agraire.

Voir Roger Lévy, « Le souvenir de Sun Yat-sen et la République populaire de Chine (1866-1960) », Politique étrangère, 1965-25.5, pp. 491-516.

À lire en ligne : https://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1960_num_25_5_2395

[4] Projeté le mardi 19 avril 2022 à l’Inalco avec sous-titrage en français d’Isabelle Rabut & Angel Pino.

 

     

 

 

 

 

     

 

 

 

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