Auteurs de a à z

« Ecrire, ce n’est pas transmettre, c’est appeler. » Pascal Quignard

 
 
 
           

 

 

A Cheng 阿城
Présentation 介绍

par Brigitte Duzan, 6 septembre 2009, actualisé 19 février 2016

       

A Cheng (ou Ah Cheng selon les transcriptions) fait partie des grands auteurs chinois nés avec la République populaire, ou peu s’en faut en ce qui le concerne. Il est universellement connu pour sa trilogie des « rois », et surtout pour la première de ces trois nouvelles « Le roi des échecs » ; elle marquait ses débuts en tant qu’écrivain, mais dès sa publication, en 1984, elle bouleversa le monde des lettres chinois.

 

Enfance

 

A Cheng est né à Pékin, le 6 avril 1949. Dans son autobiographie qui figure en avant-préface du « Roi des échecs », il explique avec humour :

« Je m’appelle Acheng, nom de famille Zhong. […] Né le jour de la fête de Qingming, je suis arrivé comme par étourderie

 

A Cheng

au moment où les Chinois célébraient leurs morts… Six mois plus tard était fondée la République populaire de Chine. Ainsi peut-on dire que j’appartiens à l’ancienne société…. »

 

Il a par ailleurs commenté ainsi le prénom que lui ont choisi ses parents, et dont il a fait son nom de plume (en deux caractères séparés) :

…父母在包围北平的共产党大军里,为我取名叫个“阿城”,虽说俗气,却有父母纪念毛泽东“农村包围城市”革命战略成功的意思在里面。

mes parents ayant fait partie de la grande armée communiste qui a encerclé Beiping, ils ont choisi pour moi le prénom Acheng, prénom bien ordinaire, mais qui traduit leur intention de commémorer la réussite de la stratégie révolutionnaire de Mao Zedong qui consistait à faire encercler les villes par la campagne…                 (texte introductif du recueil《闲话闲说》)

 

Son père, Zhong Dianfei (钟惦棐), était un théoricien réputé du cinéma et sa mère travaillait aux studios de Pékin. Son père était membre du Parti communiste, mais souffrait de voir l’emprise croissante de la politique et de la bureaucratie sur la création artistique, et cinématographique tout particulièrement ; pendant la campagne des « Cent fleurs », en 1957 (1), il écrivit un article dénonçant cette ingérence : dénoncé comme « droitier », il fut de ceux envoyés « à la campagne ».

 

Pour subvenir aux besoins de la famille, la mère fut obligée de vendre les livres de la bibliothèque familiale. A Cheng, chargé de les apporter chez le marchand, se mit alors à les lire systématiquement avant qu’ils ne disparaissent. A huit-dix ans, il lut ainsi, outre les grands classiques chinois, les auteurs russes et français qui formaient alors la base de la culture des lettrés chinois : Tolstoï, Dostoïevski, Balzac, Hugo…

 

Le père fut réhabilité en 1960 et fit alors entrer son fils au lycée « n° 4 » de la capitale, celui des enfants des dirigeants du Parti : il s’y trouva en même temps que Bei Dao et Chen Kaige (qui devait plus tard réaliser un film adapté de la nouvelle « Le roi des enfants »).

 

Eveil d’une vocation

 

En 1966, au début de la Révolution culturelle, ses parents sont envoyés à la campagne, lui aussi : il a juste terminé ses études secondaires. Il est un de ces « Jeunes instruits » (知青) qui vont y passer « guère plus de dix ans » comme il le dit lui-même dans son autobiographie.

 

Il est d’abord envoyé au Shanxi, où il découvre le dessin et la peinture, puis en Mongolie intérieure, et enfin au Yunnan, dans la région de Xishuangbanna, où il passe beaucoup de temps à dessiner et fait la connaissance du peintre Fan Zeng (范曾) qui devient son ami et mentor (2).

 

En même temps, reprenant une très ancienne tradition chinoise qui a nourri la littérature et l’opéra, A Cheng cultive un autre don : celui de conteur. A leurs heures de loisirs, il raconte des histoires à ses amis et aux paysans avec lesquels ils vivent, adaptant des récits chinois ou étrangers. Tirant sur les souvenirs de ses lectures, il leur raconte ainsi une « Anna Karénine » à sa façon, découpée en épisodes qui s’étalent sur plusieurs mois. Tous ces récits viendront par la suite alimenter ses écrits.

 

         La trilogie des « rois »

En 1979, A Cheng revient à Pékin, grâce à son ami Fan Zeng qui le fait entrer comme directeur artistique à la maison d’édition Shijie tushu (世界图书出版公司: outre la rédaction, il s’occupe des maquettes et des illustrations. Sa réputation se répand dans le monde artistique ; il fréquente en particulier le groupe dit « des étoiles » (星星 xīngxīng) , groupe de peintres avant-gardiste et contestataires où il rencontre l’écrivain et critique Li Tuo (3) qui le persuade d’écrire les histoires qu’il racontait pendant qu’il était « jeune instruit » au Yunnan.

« Le roi des échecs »《《棋王》》

 

A Cheng écrit ce premier livre d’une traite, sous le coup de l’inspiration, pratiquement sans retouche. C’est 《棋王》ou « Le roi des échecs ». La nouvelle est publiée en juillet 1984, dans la revue littéraire de Shanghai 《上海文学》: le succès est immédiat et le livre secoue le monde littéraire chinois, à un moment où les écrivains chinois n’étaient guère sortis, à quelques exceptions près, du « roman psychologique » doublé d’une réflexion sur la société chinoise. Par ailleurs, alors que ses contemporains s’attachaient à décrire les désordres et le chaos de la période écoulée, A Cheng, lui, s’attarde sur des scènes paisibles, en harmonie avec la nature, où l’individu doit savoir trouver un bonheur simple. C’est le début de ce qu’on a appelé le mouvement de « recherche des racines », A Cheng en représentant, en quelque sorte, le courant « du nord » et Han Shaogong celui « du sud ».

 

 « Le roi des arbres » (《树王》) et

« Le roi des enfants » (《孩子王》)

« Recueil »

 

A Cheng écrit cette même année une série de six courtes nouvelles qui seront publiées dans un recueil avec « Le roi des échecs », et sous le même titre : 《会餐》(huìcān, un banquet),《树桩》(shùzhuāng, la souche) , 《周转》 (zhōuzhuǎn, roulement de fonds),《卧铺》(wòpù, la couchette),《傻子》(shǎzi, l’idiot) et 《迷路》(mílù, perdre son chemin) (5).

En 1986, il publie une série de textes très courts écrits pendant les deux années qui précèdent, évoquant des paysages, des personnages ou des situations spécifiques des régions où il a vécu pendant ses années « à la campagne », et regroupés sous le titre 遍地风流》 (biàndì fēngliú), que Noël Dutrait traduit par ‘hommes remarquables de tous horizons’ et que l’on pourrait aussi bien traduire par ‘histoires de paysages’. Ce sont des textes poétiques, qu’A Cheng a désavoués par la suite en les trouvant trop peu

naturels, mais qui reprennent la grande tradition du 笔记小说 (bǐjì xiǎoshuō) : de brefs écrits qui peuvent être des essais ou de simples notes.

 

En 1987, A Cheng élit domicile aux Etats-Unis, se partageant entre l’écriture de scénarios (4) et celle de notes du genre 笔记 bǐjì, devenu son genre de prédilection, qu’il publie dans diverses revues. Il rentre en Chine à la fin des années 90, mais, depuis 1994, où ont été publiés, sous le titre《闲话闲说》(xiánhuà xiánshuō), des textes écrits entre 1987 et 1993 (6), dans l’ensemble, ses publications se font rares. On ne peut guère citer que les articles du genre 随笔 (essais informels, écrits « au fil de la plume ») parus dans chacun des numéros de la revue 收获(shōuhuò, la moisson) en 1997 et 1998, vingt-deux au total. En revanche, il n’écrit plus de nouvelles. On dit qu’il avait initialement l’intention d’écrire huit « rois » ; on espère toujours lire un jour les cinq derniers…

Il a récemment donné une interview au magazine ‘Oriental Outlook’ où perce une certaine amertume : il définit l’écrivain comme un mendiant et lui-même comme une personne sans identité ; c’est le meilleur témoignage de l’humour glacial et du caractère acerbe et sans concessions de sa vision actuelle des choses : http://www.danwei.org/art/ah_cheng_on_making_a_living_as.php

 

Après 2005…

 

Au début des années 2000, A Cheng a été écrivain en résidence au Centre culturel du département des médias de Taiwan, à Taipei. En 2004, il a écrit le scénario du film « The Go Master » (吴清源) de Tian Zhuangzhuang (田壮壮) (4), puis, en 2005, été membre du jury de la 62ème Biennale de cinéma de Venise.

 

En 2006, il commence à travailler avec le peintre Liu Xiaodong (刘小东), comme responsable des images d’archives du projet « Domino », et se partage dès lors entre ses activités de scénariste et d’écrivain et son travail pour des projets artistiques. En 2007, il écrit le script d’une nouvelle version de l’opéra Turandot, mais il est aussi écrivain en résidence à l’université Lingnan de Hong Kong. Puis, en 2008, il est consultant en chef de la Compagnie des Arts et représentations polyvalentes de Pékin pour leur pièce

 

Kungfu Poem

dansée « Kungfu Poem ». Il est aussi curateur du pavillon de la Chine à la Biennale d’architecture de Venise. 

 

En juillet 2012, A Cheng a été consultant dans le cadre du projet Hotan de Liu Xiaodong (《刘小东在和田》) – un projet de deux mois dans le désert du Xinjiang, sous des tentes ; l’un des curateurs était Ou Ning (欧宁) qui en a profité pour rencontrer et interviewer des écrivains du Xinjiang, ce qui fournira la base du numéro 12 de Chutzpah/Tiannan « Xinjiang Time », sorti en décembre 2012

 

Les peintures réalisées pour le projet Hotan : http://hotan.artnow.com.cn/en/index.aspx?tid=4

 

Notes

 


 


 

La plupart de ces courts textes, dans leur version originale en chinois, sont regroupés dans le recueil paru en 2005 sous le titre 《阿城,精选集》 aux éditions 北京燕山出版社.

      


      

A lire en complément :

      

« Le roi des échecs » : la nouvelle d’A Cheng

et ses adaptations cinématographiques par Teng Wenji et Tsui Hark

      

《炊烟》 «Fumée de cuisine»
      

        

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

© chinese-shortstories.com. Tous droits réservés.