Bibliographie

 
 
 
     

 

 

Grandes tendances de l’année littéraire 2015 en Chine :
le roman toujours en tête des ventes, recul de la nouvelle courte, la nouvelle moyenne en pointe
[1]

par Brigitte Duzan, 23 décembre 2015

 

Introduction

 

Cet article analyse les tendances de fond apparues dans la littérature chinoise pendant l’année 2015 à partir d’entretiens réalisés par des journalistes du Journal de la jeunesse de Pékin avec des responsables de la rédaction de deux des principales revues littéraires chinoises ainsi qu’avec des critiques littéraires influents.

 

L’analyse est d’autant plus intéressante qu’elle fait état d’opinions personnelles dont les recoupements sont significatifs, et qu’elle est conduite selon les lignes des trois principales formes spécifiques à la littérature chinoise, dont elle donne une appréciation comparative pour 2015 : le roman (changpianxiaoshuo 长篇小说), la nouvelle dite moyenne (zhongpianxiaoshuo 中篇小说) [2] et la nouvelle courte (duanpianxiaoshuo 短篇小说).

 


 

L’année littéraire 2015 : grandes tendances

 

I.            L’opinion des revues

 

Si l’on veut expliquer au mieux la situation de la création littéraire aujourd’hui en Chine, il faut d’abord examiner les publications dans les revues littéraires, étape préliminaire avant la publication chez un éditeur. A cet égard, deux revues sont de première importance : « Dangdai » (《当代》), la revue du groupe « Littérature du peuple » (人民文学) [créée en 1979], et « Shouhuo » ou Harvest (《收获》), revue publiée sous l’égide de l’Association des écrivains de Shanghai [créée en 1957]. On peut dire que ce sont les deux grands bastions littéraires en Chine, l’un au nord et l’autre au sud.

 

[La première partie du présent article a donc été rédigée sur la base d’entretiens avec la directrice de la rédaction de Dangdai, Kong Lingyan (孔令燕), et la rédactrice en chef adjointe de Shouhuo, Zhong Hongming (钟红明).]

 

Kong Lingyan

 

2015 : année médiocre ou grand millésime pour le roman ?

 

L’opinion de Kong Lingyan

 

Tao Yao (Zhang Zhe)

 

Selon Kong Lingyan, « tout le monde a les yeux rivés sur le roman parce que c’est le domaine de l’édition qui est le plus rentable économiquement. Mais cette année est une année creuse, les bons produits ont été rares. » Les titres que l’on peut citer sont rares, dit-elle : « Au sommet des montagnes » (《群山之巅》) de Chi Zijian (迟子建), « Fini la chanson » (《曲终人在》) de Zhou Daxin (周大新), « Tao Yao » (《桃夭》) de Zhang Zhe (张者) [3], plus le roman de Wang Anyi (王安忆) paru début décembre dans la revue Shouhuo, avant publication prévue pour début 2016 aux éditions Littérature du peuple : « Incognito » (《匿名》). On compte les romans intéressants sur les doigts de la main.

 

« Le roman de Chi Zijian est parmi les plus remarquables de l’année, et il a aussi relativement bien marché en termes de ventes. Comme les romans précédents de cette romancière d’un genre traditionnel, celui-ci est à la fois nouveau,

profond, et agréable à lire, ce qui n’est pas facile à faire. […] »

 

L’opinion de Zhong Hongming

 

Pour la rédactrice en chef adjointe de Shouhuo, au contraire, l’année 2015 peut être considérée comme « une grande année de création ». « En 2015, Shouhuo a publié six numéros bimensuels, dont deux consacrés à la publication d’un roman. Dans l’édition, quand on parle d’années de vaches maigres ou de grands millésimes, c’est surtout en fonction des romans. »

 

Parmi les romans publiés dans Shouhuo en 2015, à côté de ceux de Chi Zijian et Wang Anyi, Zhong Hongming a particulièrement aimé celui de Lu Nei (路内) « Compassion » (《慈悲》). « Certains disent que les écrivains "post ’70", jusqu’ici, n’ont pas réussi à percer parce qu’ils n’ont publié que des nouvelles, courtes et moyennes, pas de romans. Mais, ces deux dernières années, cela a changé : Xu Zechen (徐则臣) a publié « Jérusalem » (《耶路撒冷》), en 2014, et Tian Er (田耳) « Corps célestes en suspension » (《天体悬浮》), en 2013. … »

 

Incognito (Wang Anyi)

 

Zhong Hongming

 

Quant à Wang Anyi, son roman a été publié dans le double numéro mai-juin de Shouhuo et Zhong Hongming, qui a été l’une des premières personnes à le lire, le décrit comme une œuvre « d’un caractère fortement expérimental, allant même jusqu’à des extrêmes. » 

 

Wang Anyi est un écrivain que Zhong Hongming admire énormément : « Depuis le début des années 1980, elle a toujours gardé un excellent niveau d’écriture et d’expression esthétique, sans jamais cesser d’expérimenter. … Dans ce dernier roman, on peut dire qu’elle part d’une réflexion sur l’existence individuelle pour aller vers la nature de l’homme et du monde, en ouvrant une brèche dans la civilisation urbaine …  »

 

Zhong Hongming a compté le nombre de fois que des œuvres

de Wang Anyi ont été publiées dans Shouhuo : trente-quatre fois. Ces dernières années, la revue a publié plusieurs romans d’elle: « Fuping » (《富萍》), « Un âge des lumières » (《启蒙时代》), et « Senteurs célestes » (《天香》). Mais Zhong Hongming a noté un net changement avec « Incognito » : « la construction du roman est différente ; la vie du personnage dans la forêt ne change pas, mais ses idées sont en perpétuel mouvement. L’accent est sur la pensée, c’est une écriture bien plus abstraite qu’auparavant, reflétant une pensée complexe alors que l’intrigue elle-même a peu d’importance. »  

 

Peu d’intérêt pour les nouvelles

 

L’opinion de Kong Lingyan

 

Kong Lingyan regrette que les nouvelles, courtes ou moyennes, n’attirent pas l’intérêt du public comme elles le mériteraient, le résultat étant qu’elles sont une affaire de spécialistes, surtout lues dans les cercles littéraires. Aujourd’hui aucun auteur ne devient célèbre en écrivant des nouvelles, en revanche les

 

Shi Yifeng

revues en vivent. En fait, dit-elle, en termes de qualité littéraire, la nouvelle estd’un niveau bien

 

Jing Yongming

 

supérieur au roman…  

 

Parmi les meilleures nouvelles de l’année 2015, elle en recommande particulièrement deux, deux zhongpian d’un auteur "post ’70" du Henan, Li Qingyuan (李清源) : « La rédemption de Su Rang » et « Contents de se voir » (《苏让的救赎》/《相见欢》). Ce sont des récits très bien écrits, modernes sans être artificiels…  

 

Deux autres nouvelles, également moyennes, qui lui ont laissé une très bonne impression sont l’une de Shi Yifeng (石一枫), « Les yeux de la terre » (《地球之眼》) [4], et l’autre de Jing Yongming (荆永鸣), « Compétition » (《较量》), parue dans le numéro dix de la revue Littérature du peuple et primée par la revue.

 

L’opinion de Zhong Hongming

 

Quant à Zhong Hongming, dans le registre de la nouvelle moyenne, elle a bien aimé « Le Moïse de la plaine » (《平原上的摩西》) de Shuang Xuetao (双雪涛) parue dans le second numéro de Shouhuo en 2015[5]. Il s’agit d’un auteur post ’80 dont la nouvelle est un condensé de points de vue de divers personnages, sur une période d’un demi-siècle : « A la base, c’est une histoire à suspense de meurtres en chaîne. Mais, en fait, c’est un prétexte à satire sociale acérée. Chaque destin est une lutte entre la vie et la mort, chacun porte au cœur une blessure, mais la recherche d’une rédemption spirituelle est aléatoire. »

 

Réflexions générales 

 

Peu d’avancées stylistiques

 

Shuang Xuetao

 

Selon Kong Lingyan, une grande partie des romans ont  pour thème la réalité quotidienne, l’environnement de la vie de chacun, les difficultés des jeunes et les crises de l’âge mur, ainsi que les problèmes de corruption. « Il est frappant de voir, depuis plusieurs années, se développer des sujets sur des thèmes offerts par l’actualité, ce qui peut s’expliquer, car lecteurs et auteurs sont immergés dans un même univers lié au cinéma, qui met la vie en scène ; les écrivains utilisent ces mêmes sujets, d’une autre manière. »

 

Pour ce qui est du style, de la technique, il y a peu de recherche aujourd’hui. Chez les auteurs post ’80, il y a un désir de faire des expériences sur la forme, et cela entraîne des styles très divers. Il semble qu’il y ait aujourd’hui un intense besoin d’expression, mais pas dans n’importe quel sens. En fait la tendance générale est d’expérimenter essentiellement sur la forme narrative. ».

 

D’un autre côté, on en revient toujours aux formes classiques, c’est une constante. Il est possible que ce phénomène soit lié aux attentes des lecteurs : « Les lecteurs veulent lire des histoires, mais la forme utilisée pour les raconter ne les intéresse pas. La recherche sur la forme, finalement, est forcément limitée aux cercles littéraires, aux initiés. »

 

Rares œuvres de qualité, mais nombreux prix

 

Si les prix décernés sont de plus en plus nombreux, selon Kong Lingyan, les œuvres de qualité, en revanche, sont relativement rares. Ce qui a donné un sang neuf aux revues littéraires, c’est la libéralisation de l’économie des années 1990, l’ouverture au marché. Mais, depuis 2012-2013, la situation n’avait pas changé notablement. Or, cette année, on a senti une certaine reprise. Il est possible, selon elle, que les raisons de cette amélioration soient à rechercher dans une retombée du prix Nobel attribué à Mo Yan, ou dans le fait que les lecteurs de littérature pour les jeunes ont vieilli, et qu’il leur faut donc des lectures plus mûres. On n’a pas trouvé de raisons concrètes à cette reprise, c’est simplement une analyse personnelle et le sentiment du marché et de la société.

 

35ème anniversaire de Dangdai,

prix décernés par le directeur général (à g.) à :

(de g. à dr.) Jia Pingwa, Liu Xinwu, Tie Ning et Wang Meng

 

En début d’année, Dangdai a fêté le 35ème anniversaire de sa création ; l’an prochain, en début d’année aussi, aura lieu le « forum annuel du roman de Dangdai » (当代·长篇小说年度论坛) qui élira « le meilleur roman de l’année 2015 » ainsi que les cinq meilleurs. Depuis plus de dix ans, ce forum attribue des prix avec pour slogan : « zéro récompense financière, totale transparence ». Ce sont des prix qui ont une forte notoriété dans la profession. Il s’agit de distinguer les meilleurs romans de l’année, sans bénéfice ni préjudice, en permettant aux

lecteurs comme aux critiques d’exprimer leur opinion, fondée sur leur propre perception des œuvres. Pourtant, l’impact n’est pas très important, sans doute, justement, parce qu’il n’y a pas de dotation financière.    

 

Kong Lingyan a d’ailleurs quelques réserves concernant les prix littéraires. « En 2004, quand Dangdai a lancé le sien, il n’y avait pas encore beaucoup de manifestations de ce genre. Aujourd’hui, les forums littéraires, remises de prix et lectures d’œuvres se sont multipliés, en revanche les œuvres elles-mêmes sont relativement peu nombreuses. Or, les médias, les maisons d’édition, tous ont leur prix, chacun cherchant à attirer le lecteur. Parfois, dit Kong Lingyan, la faible qualité des livres sélectionnés m’inquiète un peu.

  

II.          L’opinion des critiques

 

[La seconde partie de l’article rapporte la teneur des entretiens avec deux des plus influents critiques littéraires en Chine aujourd’hui :

- d’une part Li Yunlei (李云雷), critique et chercheur très influent, diplômé de Beida, spécialiste de littérature et culture chinoise contemporaine, rédacteur de la revue Théorie et critique de la littérature et des arts Wenxue lilun yu piping (《文艺理论与批评》), fondateur en 2003 du site web zuo’an wenhua wang (左岸文化网) ou « site de littérature de la rive gauche » [6].

- d’autre part Meng Fanhua (孟繁华), autre influent critique littéraire, professeur à l’Université normale de Shenyang, vice-président de l’Association de littérature chinoise contemporaine, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet et éditeur de recueils de nouvelles, moyennes et courtes.]

 

L’opinion de Li Yunlei

 

Le critique Li Yunlei (李云雷) a exprimé une opinion relativement optimiste sur l’évolution de la littérature chinoise en 2015 : selon lui, les écrivains chinois cherchent actuellement à traduire les diverses facettes de l’époque actuelle, en partant, pour l’explorer, des ressources offertes par la Chine elle-même [hors influence extérieure] ; il voit ainsi se dessiner dans la littérature contemporaine des schémas inédits et une atmosphère nouvelle.

 

Parmi les titres les plus marquants de cette année, il relève lui aussi « Les yeux de la terre » (《地球之眼》)  de Shi Yifeng (石一枫) et « Fini la chanson » (《曲终人在》) de Zhou Daxin (周大新). Mais il cite également « Histoire des sons » (《声音史》) de Luo Weizhang (罗伟章) [7], « Destin usurpé » (《篡改的命》) de Dong Xi (东西) ou encore « Parmi les vivants » (《活着之上》) de Yan Zhen (阎真).

 

Histoire des sons (Luo Weizhang)

dans Octobre (2015 n°1)

 

Destin usurpé (Dong Xi)

 

D’une façon générale, l’impression dominante qu’il en retire est que les auteurs s’efforcent de rendre compte de la complexité de la vie en Chine en en explorant les diverses tendances dans une optique réaliste, offrant ainsi une réflexion et un jugement sur la Chine contemporaine qui permettent en même temps de la dépasser.

 

Par le biais des tribulations de deux jeunes gens, « Les yeux de la terre » offre une peinture contrastée de la vie de jeunes Chinois d’aujourd’hui appartenant à des couches sociales différentes, et une vision élargie des problèmes existentiels qui se posent à eux dans un contexte mondialisé. 

 

« Histoire des sons » est une élégie rurale de la Chine contemporaine qui traite des bouleversements sociaux à travers la sensibilité aux « sons » du personnage principal ; un village a disparu, mais les « sons » qui lui étaient propres ne cessent de revenir à la mémoire du personnage ; c’est à la fois une invocation aux esprits et un dernier adieu, teintés de la nostalgie du passé.

 

« Destin usurpé » décrit l’histoire de paysans partis à la ville sur trois générations, narration simple, mais très riche, montrant l’esprit de résilience du peuple chinois, mais avec une complexité accrue dans le contexte contemporain. 

 

« Fini la chanson » relève du genre classique des "romans sur les mandarins" (官场小说), mais dépasse ce cadre pour montrer la complexité du monde des hauts fonctionnaires chinois d’aujourd’hui en s’appuyant sur la vie quotidienne du personnage principal et sa carrière.

 

 « Parmi les vivants » est un portrait des intellectuels modernes et de leurs problèmes, leurs luttes et leurs doutes, qui sont aussi celles de tout un chacun… 

 

Pour Li Yunlei, la création littéraire traverse une étape intéressante, marquée par un changement à deux niveaux : d’une part, la littérature chinoise est en train d’abandonner les références à l’Occident, pour se tourner vers des sources nationales, y compris les sources très riches de la tradition et

 

Fini la chanson (Zhou Daxin)

 

Parmi les vivants (Yan Zhen)

 

de l’histoire ; d’autre part, sur cette base, les auteurs explorent des formes d’expression qui ne peuvent plus être des formes narratives simples, mais doivent être fondées sur la vie et l’expérience propres à la Chine, pour traduire les changements du monde actuel dans ses multiples aspects, en termes relationnels, artistiques et historiques.

 

Le but des auteurs actuels est d’expliquer ce que nous sommes en train de vivre, qui est totalement inédit, et, pense Li Yunlei, leurs efforts sont dignes de considération, pour ce qu’ils apportent de nouveau, en termes de style aussi bien que de ton.

 

 

 

L’opinion de Meng Fanhua

 

Editeur depuis de nombreuses années de sélections de nouvelles, Meng Fanhua résume la situation de la littérature chinoise actuelle en en contrastant les différentes catégories :

       “长篇不错,中篇优秀,短篇糟糕

« Le roman ne s’en sort pas trop mal,

la nouvelle moyenne est au mieux de sa

forme,

la nouvelle courte traverse une mauvais

passe. »

 

Le roman : pas mal

 

Meng Fanhua

 

Décors de scène (Chen Yan)

 

Le roman ne s’en sort pas mal, dit-il. Il cite pour exemple « Décors de scène » (《装台》) de Chen Yan (陈彦), qu’il considère comme l’un des meilleurs romans de l’année. Ecrivain du Shaanxi, dramaturge et librettiste, spécialiste de l’opéra qinqiang (秦腔), opéra populaire du nord-ouest de la Chine [8], Chen Yan a écrit beaucoup de livrets qui ont souvent été primés. « Décors de scène » raconte l’étape finale d’une production artistique, en décrivant les différentes personnes concernées, de tous niveaux et professions. A partir de ce groupe de basse extraction sociale, explique Meng Fanhua, l’auteur parvient à donner une impression de vacuité comme celle qui ressort de la lecture du « Rêve dans le Pavillon rouge »…..

 

Parmi les romans à retenir, Meng Fanhua retient également ceux déjà cités de Dong Xi, Chi Zijian et Zhou Daxin, mais aussi, pour sa qualité d’écriture, celui de Cai Xiaohang (蔡晓航), « L’ère de la pollution sonore » (《被声音打扰的时光》).

 

La nouvelle moyenne mieux que jamais

 

Cependant, il considère que, au cours des cent dernières années, en Chine, la nouvelle moyenne a été bien supérieure au roman ou à la nouvelle courte. C’est « La véritable histoire d’AQ » qui a lancé le mouvement de la nouvelle littérature, mais c’est bien sûr après la chute de la Bande des quatre que la nouvelle moyenne a connu un développement particulièrement important, avec, dans toutes les provinces, la création d’une foule de revues littéraires essentielles pour leur diffusion. En effet, la nouvelle moyenne est difficile à commercialiser ; mais, que ce soit les auteurs ou les éditeurs de revues, tous sont très exigeants envers ce genre de nouvelles, elles ont donc tendance à être d’une grande qualité.

 

L’année 2015 en est une preuve : il y a eu d’excellentes nouvelles moyennes. Son premier exemple est d’emblée  « Meizi et Qia Kebai » (《梅子与恰可拜》) de Dong Libo (董立勃), publiée dans le 1er numéro de 2015 du Mensuel de la

 

Compétition (Jing Yongming)

dans Renmin wenxue

fiction (《小说月报》). Comme beaucoup des histoires de cet écrivain, celle-ci se passe au Xinjiang, où il vit ; elle raconte, sur fond de Révolution culturelle, l’idylle et le mariage d’une jeune intellectuelle

 

Meng Fanhua remettant le prix Renmin wenxue

2015 à Jing Yongming

 

et d’un étudiant ; après l’arrestation de l’étudiant, un descendant de tribus tujue nommé Qia Kebai prend soin d’elle. Meng Fanhua trouve que, dans les nouvelles actuelles, les sentiments ne sont pas très bien décrits, mais celle-ci, au contraire, a une saveur d’ancien classique, et l’histoire est émouvante.

 

Parmi les nouvelles qu’il trouve bien écrites, il cite lui aussi « Les yeux de la terre » de Shi Yifeng, et « Compétition », de Jing Yongming. Mais il ajoute « Deux ou trois choses vers le nord-nord-ouest » (《西北偏北之二三》) de la

romancière Lin Bai (林白), parue en juillet, dans le numéro quatre de Shouhuo.

 

La nouvelle courte en panne

 

Cette année, en revanche, toujours selon Meng Fanhua, il n’y a pas eu de bonnes nouvelles courtes. Il a intitulé l’introduction qu’il a écrite pour le recueil de sa sélection des meilleures nouvelles de l’année « La crise de sympathie de notre époque » (我们这个时代的情义危机), crise de tendresse et de chaleur humaine, liée à une crise du sens de la justice.

 

La nouvelle courte est entrée dans une telle période, dénuée de sentiment et de chaleur. Les récits expriment des tendances au doute, à la froideur, la désolation, ou la distance née de la méfiance. Meng Fanhua se dit préoccupé. Il est certain qu’il ya une tendance de ce genre dans la vie actuelle, reconnaît-il, mais ce n’est pas général et il n’y a pas que cela. On peut comprendre que quelques écrivains écrivent des nouvelles de la sorte, mais par tous. … Il espère donc que cette situation va changer.

 


  

Récapitulatif des œuvres et auteurs cités

 

Romans

Au sommet des montagnes 《群山之巅》                                  Chi Zijian 迟子建

Fini la chanson 《曲终人在》                                                   Zhou Daxin 周大新

Tao Yao 《桃夭》                                                                   Zhang Zhe 张者

Incognito  《匿名》                                                                Wang Anyi 王安忆

Compassion 《慈悲》                                                             Lu Nei 路内   

Jérusalem  《耶路撒冷》                                                         Xu Zechen 徐则臣

Corps célestes en suspension  《天体悬浮》                              Tian Er 田耳

Destin usurpé 《篡改的命》                                                    Dong Xi 东西

Parmi les vivants 《活着之上》                                                Yan Zhen 阎真

Décors de scène 《装台》                                                      Chen Yan 陈彦

L’ère de la pollution sonore 《被声音打扰的时光》                     Cai Xiaohang 蔡晓航

 

Nouvelles moyennes

La rédemption de Su Rang 《苏让的救赎》                                  Li Qingyuan 李清源

Contents de se voir 《相见欢》                                                id.

Les yeux de la terre 《地球之眼》                                             Shi Yifeng 石一枫

Compétition 《较量》                                                              Jing Yongming 荆永鸣

Le Moïse de la plaine 《平原上的摩西》                                      Shuang Xuetao 双雪涛

Histoire des sons 《声音史》                                                    Luo Weizhang 罗伟章

Meizi et QiaKebai 《梅子与恰可拜》                                            Dong Libo 董立勃

Deux ou trois choses vers le nord-nord-ouest 《西北偏北之二三》  Lin Bai 林白

 

 


[1] Traduction annotée et commentée d’un article initialement publié dans le Journal de la jeunesse de Pékin (北京青年报) et repris sur le site ifeng, le 18 décembre 2015 :
2015 中国文学综述:面对现实 技术止步 短篇糟糕
Résumé de l’année littéraire 2015 : réalisme avant tout, pause stylistique et recul de la nouvelle courte.
(texte original : http://culture.ifeng.com/a/20151218/46727909_0.shtml)
Les intertitres ont été rajoutés pour plus de clarté.

[2] Définie en gros comme allant de 30 000 à 100 000 caractères, ce qui la fait souvent considérer comme "un court roman". Elle a cependant à des caractères spécifiques, nés de son histoire propre.

[3] Troisième volet de sa « trilogie de l’école » (校园三部曲).

[4] « Les yeux de la terre », nouvelle moyenne publiée dans le numéro 3 de 2015 de la revue Octobre, et reprise dans le numéro de juillet (n° 7) du Mensuel de la fiction 《小说月报》 :  http://blog.sina.com.cn/s/blog_6dbc00f50102vnza.html

[5] Le Moïse de la plaine dans le n°2 de Shouhuo, extrait : http://chuansong.me/n/1183875

[7] « Histoire des sons », publié dans le 1er numéro de 2015 de la revue Octobre (《十月》)

http://www.weibo.com/p/2304187901ca630102v9ln?from=page_100206_profile&wvr=6&

mod=wenzhangmod

[8] « Qinqiang » est aussi le titre et le thème du roman de Jia Pingwa (贾平凹) publié en 2005.



 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

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